Dans l'oeil du banquier

Lettre d'opinion transmise à La Presse+ le 28 juin, en réponse à la chronique de M. Michael Fortier intitulée « En route vers les élections / Le toubib » 

Diane Francœur, M.D., FRCSC, MHCM
L'auteure est présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

 

Monsieur Fortier,

Je ne peux m'empêcher de répliquer à votre chronique portant sur le profil du prochain ministre de la Santé. D'emblée, je vous remercie de reconnaître que les défis de notre réseau de santé dépassent les acteurs et concernent surtout le système. Et bien que je salue la confiance que vous portez dans les habiletés de gestionnaire des femmes en général, en revanche, votre généralisation envers les compétences des ministres de la santé qui sont médecins est gratuite.

Les Camille Laurin, Denis Lazure et Victor Goldbloom ont été de grands hommes politiques québécois, en plus d'être médecins. Ainsi, votre propre contribution politique aux Communes et au Sénat ne se limite sans doute pas au fait que vous avez été banquier.

Sur le fond, ce serait de l'aveuglement que de croire qu'il n'y a qu'au Québec, que l'on retrouve des enjeux d'accessibilité. Il y a pourtant ici des fonctionnaires compétents, des infirmières qui tiennent un réseau à bout de bras et des médecins qui pourraient voir beaucoup plus de patients s'ils disposaient en tout temps des équipes nécessaires.

La pérennité de notre système public ne pourra être assurée sans évaluation de la performance et de la disponibilité du personnel qui doit enfiler les quarts de travail en surtemps pour assurer la continuité de service dans les hôpitaux.

L'idée de retourner les médecins dans leur clinique parce qu'ils ne savent que faire de la médecine est réductrice. Je vous suggère, à vous et votre fille médecin, une lecture estivale : c'est une étude réalisée par le Harvard Business Review, qui constate que les meilleurs hôpitaux d'Amérique du Nord sont dirigés par des médecins et que les performances de gestion y sont parfois supérieures. C'est sans doute qu'il existe une différence entre gérer des colis chez Amazon et gérer des vies dans un hôpital.

Bonne lecture. Bon été.