Faire la lumière sur le traitement du cancer

Lettre d'opinion transmise le 5 juin à La Presse+ et Le Devoir

 

Diane Francœur, M.D.
L'auteure est présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

 

Faire la lumière sur le traitement du cancer

Quelle belle nouvelle avons-nous reçue, hier, en direct de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) de Chicago ! L'étude Trial Assigning IndividuaLized Options for Treatment (Rxou TAILORx a en effet montré que certaines femmes n'auront pas besoin de chimiothérapie si la taille de leur tumeur est locale et limitée. Chaque avancée pour combattre cet ennemi qui s'appelle le cancer doit être célébrée, puisque ce cher cancer continue à gagner du terrain. En effet, à court terme, 50 % de la population sera atteinte : vous… moi...

Lorsque le malheur frappe, beaucoup d'inquiétudes naissent chez les patients et leur famille qui s'interrogent. Notre système de santé est-il à la hauteur des besoins des patients? Les services et les soins qui y sont dispensés sont-ils de qualité, conformes aux recommandations des sociétés savantes ? Le rapport de la vérificatrice générale, qui révèle dans son petit échantillon que le cancer n'est pas priorisé dans les établissements, a ajouté une couche d'inquiétude supplémentaire. Sans compter la tentative de certains visant à faire croire que l'argent est le moteur de la profession médicale plutôt que la pertinence des actes médicaux à poser.

Or, les patients s'entendent pour dire qu'une fois « entrés dans le système », ils sont très satisfaits des soins reçus. Personne au Québec n'a besoin d'hypothéquer sa maison en échange d'une chirurgie d'avant-garde puisqu'ici tous ont accès à des soins et à la technologie de pointe, comme s'ils étaient un chef d'État soigné à la célèbre clinique Mayo. Faut-il s'en surprendre ? Non parce que les médecins spécialistes ont soif d'acquérir de nouvelles connaissances et d'approfondir leurs compétences. Ils vont partout dans le monde, dans les meilleures institutions, pour compléter leur formation, obtenir une surspécialisation et reviennent en revendiquant les meilleurs traitements au nom de leurs patients. C'est l'ensemble de notre population qui en bénéficie.

Comment éliminer la crainte que les soins ne soient pas à la hauteur ? Selon nous, la transparence est la seule solution, et c'est sur cette base que nous devons construire. Lorsque le couperet du diagnostic de cancer tombe, la confiance doit être à son comble, car elle est primordiale dans le processus de guérison. Pour y arriver, nous avons entrepris, en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, une démarche visant à ce que toutes les données soient accessibles, et surtout validées et assumées par chacune des équipes et chacun des établissements, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. Les meilleures solutions viennent toujours de la base, surtout si nous travaillons ensemble. De plus, nous encourageons la participation du plus grand nombre de patients aux études cliniques, car elle est essentielle au maintien des plus hautes normes de qualité en matière de soins et d'accès aux traitements de pointe sur tout le territoire.

Dès que le mot cancer fait partie du diagnostic différentiel, nous devons mettre sur pied une voie prioritaire de référence, que ce soit pour les investigations, les consultations, la chirurgie ou le traitement, avec des guichets régionaux qui évalueront la performance de chacun des établissements et qui devraient être responsables des cibles populationnelles à atteindre. C'est dans cette optique que nous commencerons l'audit du service de radio-oncologie au CISSS de l'Outaouais, la semaine prochaine. Cibles, performance, transparence : voilà un langage qui nous plaît; les investissements devront suivre les constats. Nous avons tout ce qu'il faut pour y arriver. Nous avons tous autour de nous des survivants du cancer qui en sont la preuve « vivante ».