Les médecins spécialistes refusent de continuer à cautionner les aberrations du système québécois de santé

Montréal, le 13 novembre 2002 – Réunis à l'occasion de la première grande journée d'étude à être organisée en plus de onze ans, les membres de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) viennent faire le point, entre autres, sur les dernières modifications législatives apportées la semaine dernière par le ministre de la Santé et des Services sociaux François Legault.

« Dommage qu'on en soit rendus là ! », s'exclame le président de la FMSQ Dr Yves Dugré. « Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous nous rassemblons ici aujourd'hui. Nous sommes tous conscients qu'une fois de plus, nos patients sont aujourd'hui privés de nos services. Services pour lesquels ils attendent depuis trop longtemps déjà. Nous, médecins, avons été formés pour soigner et on nous en empêche constamment, par les fermetures permanentes d'établissements, par les fermetures récurrentes de lits d'hospitalisation, par les fermetures de plateaux techniques tels les salles d'opération, par un manque criant de personnel infirmier, et j'en passe. Depuis des années, nous pallions les lacunes sans cesse grandissantes d'un système de santé à bout de souffle. Après onze ans d'un tel régime, nous consacrons une journée à dénoncer la situation et à tenter d'y remédier. »

Jamais les conditions de pratique offertes par le système québécois n'ont été aussi difficiles et les défis professionnels si peu stimulants. Avec le projet de loi 142, le ministre Legault balaie du revers de la main des solutions communes développées après des mois de concertation avec les ex-ministres de la Santé, Rémi Trudel et Pauline Marois.

CONDITIONS DE PRATIQUE QUI MINENT LA QUALITÉ DES SERVICES

Au Québec, les conditions de pratique de la médecine ne cessent de se détériorer. Les médecins spécialistes doivent travailler dans un milieu où règne la pénurie et où les considérations médicales passent bien après les impératifs budgétaires et la gestion centralisée.

Les équipements que doivent utiliser les médecins spécialistes sont très souvent désuets et peu adaptés à la médecine nord-américaine. Il est plus difficile que jamais d'avoir accès aux blocs opératoires en raison des restrictions budgétaires, du manque de personnel de soutien et du manque de lits pour assurer la convalescence.

La limitation imposée sur le nombre de chirurgies et les fournitures médicales, ainsi que l'accès restreint aux équipements et aux ressources infirmières ne tiennent pas compte des besoins réels. Les délais entre le diagnostic et le traitement s'allongent. Entre temps, l'état de santé des patients s'aggrave et il est parfois trop tard lorsque ceux-ci se présentent à la salle d'opération.

Le gouvernement limite le recours aux cliniques externes spécialisées et impose des quotas aux cabinets privés qui, dans les deux cas, permettraient de désengorger les hôpitaux. En résumé, les médecins spécialistes veulent offrir l'accessibilité aux services de santé auxquels les Québécois ont droit, mais ils en sont incapables.

QUÉBEC ET LES AUTRES PROVINCES – ÉCART DE RÉMUNÉRATION IMPORTANT

Les médecins spécialistes québécois sont les moins bien rémunérés au Canada. L'écart de rémunération des médecins spécialistes est de 48 % avec ceux des autres provinces canadiennes et de 55 % avec les médecins spécialistes de l'Ontario.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec demande au gouvernement de réviser à la hausse le niveau de rémunération des médecins spécialistes dans un souci d'équité avec leurs collègues des autres provinces. En devenant plus concurrentiel, le Québec pourrait garder les médecins qui y pratiquent et en recruter de nouveaux pour diminuer la pénurie.

Par ailleurs, les coupures budgétaires massives imposées au système de santé ainsi que les conditions de pratique qui se sont gravement détériorées au Québec ont provoqué le départ de nombreux médecins spécialistes. Entre 1996 et 2000, le Québec a perdu 800 médecins partis pratiquer dans une autre province ou à l'étranger. C'est de loin le plus grand nombre de départs enregistrés au Canada.Cet exode est l'équivalent du double du nombre de diplômés des quatre facultés de médecine chaque année. Si rien n'est fait, l'hémorragie causée par l'exode massif de spécialistes vers d'autres provinces ou l'étranger s'aggravera.

« L'intransigeance du gouvernement à cet égard ne fait rien pour améliorer les choses, » souligne le Dr Dugré. « Nous avons décidé de consulter les membres afin de discuter des mesures globales, d'un plan d'action et des moyens visant à amener le ministre Legault à négocier de façon réelle avec la FMSQ. » 

La Fédération des médecins spécialistes du Québec regroupe près de 7 500 membres au Québec, répartis dans 34 spécialités. Seul organisme reconnu par le gouvernement pour la négociation d'ententes collectives pour les médecins spécialistes, la FMSQ est également consultée pour tout ce qui touche l'organisation des soins médicaux au Québec.

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