La Fédération des médecins spécialistes du Québec donne son point de vue sur le système public de santé québécois dans le cadre de la Commission clair (In French only)

Montréal, le mercredi 25 octobre 2000 – La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), à la suite de sa présentation devant la Commission Clair, désire faire le point sur certains sujets clés présentés dans son mémoire, particulièrement concernant les effectifs médicaux, les paliers administratifs, la rémunération des médecins spécialistes, les cabinets affiliés, et ce, dans le cadre d'un système de santé public.

Les paliers administratifs : une réduction s'impose

Un allègement s'avère urgent pour réduire la lourdeur administrative du réseau de la santé. Le nombre impressionnant de décideurs, qui ralentissent considérablement la réalisation de projets importants pour la santé de la population, ne fait que démontrer une inertie structurée. Les délais de réalisation de projets sont inadmissibles. « Un exemple frappant s'est produit à Plattsburgh où, en six mois à peine et avec l'argent des contribuables québécois, une salle de radiothérapie a été mise en fonction. Au Québec, nous ne pouvons réussir une telle tâche que dans des délais de 12 à 18 mois au minimum. Pendant ce temps, les patients attendent ! » dénonce le Dr Pierre Gauthier, président de la FMSQ.

Par ailleurs, la multiplication indue des entités administratives, particulièrement au niveau des régies régionales ou encore des conseils d'administration, s'avère inefficace. « Est-il besoin, dans la région de Québec, d'avoir deux régies régionales et dans la région de Montréal, d'en avoir trois ? » s'interroge le Dr Gauthier. De plus, un trop grand nombre de conseils d'administration au niveau des établissements amène une compétition malsaine qui empêche une intégration plus fonctionnelle de la dispensation des soins et de la gestion des hôpitaux. Dans ce contexte, cette multitude de paliers administratifs nuit à la planification et à l'organisation de services plus performants.

Rémunération des médecins spécialistes : pas de régionalisation !

Plusieurs instances privilégient l'adoption d'une rémunération des médecins spécialistes en termes d'enveloppes régionales. La FMSQ se prononce vivement contre ce projet ! Il conduit inévitablement à une compétition interrégionale pour les effectifs médicaux et à une surenchère. « Il ne faut surtout pas oublier que les médecins spécialistes pratiquent dans des champs de compétences très diversifiés et que le nombre de spécialistes est très différent d'une spécialité à l'autre. Un médecin qui œuvre à Chibougamau dans une spécialité donnée sera rémunéré à peu de chose près comme son collègue de la Gaspésie. Qu'en serait-il si ces deux régions en venaient à une compétition féroce pour obtenir les services de l'un ou l'autre de ces médecins spécialistes ? Ce n'est pas une solution pour faciliter la répartition des effectifs médicaux de manière équitable à la grandeur du Québec. Considérer des enveloppes régionales pour rémunérer les médecins spécialistes serait une grave erreur », soutient le Dr Gauthier.

D'autre part, il est étonnant de constater que le mode de rémunération à l'acte soit encore décrié régulièrement sur la place publique par diverses instances, même gouvernementales, alors qu'un mode de rémunération novateur est en place depuis le 1er avril 1999 pour ceux qui désirent y adhérer. En effet, la rémunération mixte contrecarre les principaux reproches formulés contre la rémunération à l'acte tout en permettant aux patients d'obtenir des soins plus adaptés à leurs besoins. Actuellement, plus de 2 000 médecins spécialistes se prévalent de la rémunération mixte.

Les effectifs médicaux : une meilleure organisation

La question des effectifs médicaux en est une d'importance pour la Fédération des médecins spécialistes du Québec. « Avec un nombre limite de médecins dans certaines spécialités et considérant que les nouveaux arrivants ne seront pas nombreux dans les années à venir, nous devrons faire preuve d'ingéniosité pour trouver les moyens d'assurer les services sur l'ensemble du territoire » reconnaît le Dr Gauthier. Une première constatation s'impose : de façon générale, les médecins spécialistes ne devraient pas être intervenants dans la dispensation des soins de première ligne. Leurs énergies devraient presque exclusivement être consacrées aux soins spécialisés.

La vision de la FMSQ concernant l'organisation des soins repose plutôt sur une meilleure répartition des médecins spécialistes par l'élaboration et l'application de plans d'effectifs médicaux spécialisés pour l'ensemble du Québec. Déjà, la collaboration entre la FMSQ et le MSSS à ce sujet s'est avérée fructueuse pour certaines régions. « Nous incitons Mme Pauline Marois à mettre rapidement  en application des plans d'effectifs pour toutes les régions du Québec » de dire le Dr Gauthier. L'application de ces plans d'effectifs spécialisés devra se faire en tenant compte des besoins de la population et par une prise en charge des activités sur une base régionale ou supra-régionale, à titre d'exemples par la formation de réseaux ou la conclusion d'ententes de services, et ce, afin de conserver des masses critiques de médecins spécialistes.

Finalement, il importe de contrer rapidement la pénurie artificielle de médecins spécialistes qui est engendrée par la non-disponibilité de salles d'opération ou de personnel nécessaire à leur fonctionnement ou encore par la désuétude des plateaux techniques.

Cabinets affiliés : des ressources disponibles

Les cabinets privés de médecins spécialistes sont une réalité incontournable, car ils contribuent à l'effort de dispensation des soins au sein du réseau de la santé. La FMSQ propose donc l'affiliation de ces cabinets à un établissement par le biais d'ententes de services. Ces « cabinets affiliés » opéreraient en complémentarité avec le milieu hospitalier permettant ainsi une plus grande accessibilité aux soins. « Nous croyons fermement qu'il faut profiter de ces ressources qui sont actuellement en place par l'élaboration de projets pilotes pour la validation de ce concept », mentionne le Dr Gauthier.

Un financement adéquat pour un réseau de la santé fonctionnel

La FMSQ réitère son adhésion aux principes du financement public du système de santé. Par ailleurs, le Dr Gauthier considère que « Cela serait, de plus, très avantageux, autant pour les contribuables québécois que pour les intervenants de la santé, de connaître l'ensemble des sommes versées pour la santé en les comptabilisant dans une caisse distincte ».
D'autre part, les médecins ont été évacués en tant qu'intervenants bien au fait des besoins des patients. Des mesures doivent donc être prises pour ramener les médecins dans des fonctions leur permettant d'exercer leur compétence de gestionnaires de la santé.

Soulignons, en terminant, que la Fédération des médecins spécialistes du Québec et l'ensemble de ses membres sont prêts à participer activement aux changements qui se produiront au cours des prochains mois.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec regroupe plus de 7 000 membres au Québec répartis dans 34 spécialités. Seul organisme reconnu par le gouvernement pour la négociation d'ententes collectives pour les médecins spécialistes, la FMSQ est également consultée pour tout ce qui touche l'organisation des soins hospitaliers au Québec.

-30-