Enjeux concernant les médecins spécialistes – Allocution de Dre Diane Francœur

Le point sur différents dossiers

Aujourd'hui, nous allons faire le point sur les différents dossiers qui font la manchette depuis un bon moment. Certains pourraient aboutir rapidement et positivement si le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, faisait preuve d'ouverture, d'écoute et acceptait de reconnaître comme des partenaires, tous les acteurs du système de santé, dont les médecins spécialistes.

On le voit dans les médias, par son approche et son attitude, le ministre continue de mettre le feu au système de santé et critique tous les acteurs du réseau de la Santé qui déplorent ses manières.

Franchement, est-il possible que tout le monde de la Santé ait tort et que seul le ministre ait toujours raison ? Poser la question, c'est y répondre.

En ce qui nous concerne, nous avons compris que sa tactique est d'éluder tous les bons coups des médecins spécialistes en centrant son discours sur notre rémunération, en alimentant la confrontation et en refusant d'accepter que nos critiques sont justifiées et que nos solutions sont peut-être les bonnes.

Le ras-le-bol des médecins spécialistes est généralisé avec l'approche de Gaétan Barrette.

À un point tel que, ce soir, nous tiendrons une réunion spéciale de notre instance décisionnelle, l'Assemblée des délégués.

Nous allons demander aux délégués d'entériner un plan qui sera orienté sur notre droit de défendre les conditions d'exercice de la médecine spécialisée dans les établissements et les enjeux de nature juridique qui découlent des décisions de Gaétan Barrette.

Par ailleurs, nous accueillons positivement la nomination de M. Pierre Moreau au Conseil du trésor.

Alors que les négociations sur le renouvellement de notre Entente sont sous la responsabilité du Conseil du trésor, tel que décidé et annoncé par le Premier ministre, nous avons été heureux d'entendre le nouveau président s'exprimer publiquement sur le fait, et je le cite : «  qu'il ne travaillerait pas dans la confrontation, qu'il préconise - en négociation - de s'asseoir, de se comprendre les uns les autres, de voir où est-ce qu'on se situe, de comprendre la marge de manœuvre également des uns et des autres. »

Nous saluons sa compréhension du rapport de force existant dans toute négociation, et ses paroles à l'effet que « ce rapport de force doit être fait de façon intelligente en indiquant quel est l'objectif poursuivi par chacun et le caractère raisonnable des demandes et des offres qui sont faites. »

Comme il le dit bien, « c'est un tango à deux partenaires ». La FMSQ ne demande pas mieux.

C'est dans cet esprit et pour nous donner une véritable chance de régler les dossiers avec toute l'ouverture voulue que nous demandons au Premier ministre de confier au Conseil du Trésor, la responsabilité des deux dossiers que sont les frais accessoires et les échographies.

D'emblée, j'assure M. Moreau de notre participation franche à ses négociations que nous avons entreprises positivement avec son équipe.

Maintenant, je peux vous dire que dans le dossier de la couverture publique des échographies :

  • Nous avons négocié jusqu'au début de la présente conférence de presse. Malheureusement, rien n'est réglé, mais toutes les solutions sont sur la table.

Aujourd'hui même, nous avons proposé un financement à hauteur de 97 millions de dollars pour les quatre prochaines années.

Le point sur l'abolition des frais accessoires :

Rien n'est réglé non plus.

  • Pour tous ceux qui ne l'ont pas lu, sachez que le règlement sur les frais accessoires est rempli de trous.

Parlez-en aux dentistes, aux optométristes, aux pharmaciens et aux professionnels qui œuvrent dans les cliniques d'interruptions volontaires de grossesse.

L'information diffusée par le ministère de la Santé est incomplète et soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponse tant chez les patients que chez les médecins.

Ce qui est permis est flou. Ce qui interdit est flou.

  • J'invite les médias à bien informer la population sur le fait que plusieurs soins et services n'ont jamais été assurés par le régime d'assurance-maladie et que des frais pourront être facturés.

Une autre information importante à diffuser est à l'effet que les médecins spécialistes sont sensés pouvoir travailler à l'hôpital.

Ils n'ont aucune obligation d'ouvrir des cabinets pour dispenser leurs soins.

Dans ce contexte, les médecins ont le plein droit de décider de maintenir, d'augmenter ou de diminuer l'offre de services de leurs cliniques.

  • J'ajoute que les médecins spécialistes n'ont pas à pallier les coupures de services faites dans les centres hospitaliers.

Ils ont ouvert des cabinets pour pouvoir travailler et voir plus de patients.

Il faut être conscients que plusieurs spécialités médicales ont été carrément sorties des centres hospitaliers avec la fermeture de nombreuses cliniques externes.

C'est le cas aujourd'hui même au nouveau CUSM qui limite son offre de services à environ 65 % de sa capacité en raison des coupures de budget. Un hôpital tout neuf avec de l'équipement qui ne sera peut-être jamais utilisé et qui deviendra désuet.

  • Depuis le temps, les cliniques médicales ne sont pas accessoires du système public de la santé. Elles en sont devenues un rouage essentiel.

Réalisez que près de 4 millions 400 mille patients ont été vus en consultation en cabinet au Québec en 2015-16.

C'est 36 % de tous les patients vus en consultations au Québec.

  • Dans certaines spécialités, plus de patients sont vus en cabinets qu'en centre hospitaliers.

Par exemple, 76 % des patients sont vus en dermatologie;

60 % en cliniques d'immunologie et d'allergie;

59 % en physiatrie;

58 % en ophtalmologie;

près de 54 % en obstétrique-gynécologie;

54 % en ORL et 51 % en pédiatrie.

Toutes des spécialités sorties des hôpitaux en raison du fort achalandage de patients et des coûts que cela entraînait en cliniques externes.

Les gens se plaignent, à raison, des délais pour voir un médecin spécialiste. La critique est justifiée, mais elle ne nous revient pas.

Pensez-vous que ces 4 millions de personnes auraient pu être vues dans les hôpitaux ?

  • En raison de ce « règlement à trous », qu'arrivera-t-il quand les patients ne pourront plus se procurer des tests d'allergie, des stérilets, des pessaires, des lentilles, des attelles, des plâtres dans les cabinets médicaux ?

Le patient devra voir le médecin une première fois pour obtenir une ordonnance, aller à la pharmacie pour acheter ce qu'il faut pour son traitement, retourner voir le médecin, faire la procédure en espérant que l'achat fait à la pharmacie sera conforme sinon… Souhaitons que les employeurs et les proches aidants seront compréhensifs.

Au fait, hier, le ministre Barrette s'est fait critiquer lors d'une entrevue radiophonique en Outaouais, et a finalement lancé qu'il est prêt à amender son règlement pour payer les stérilets… si la demande générale y est. C'est ça l'improvisation !

Nous encourageons donc fortement les patients à se manifester au ministre dès qu'ils feront face aux ratés de ce règlement.

Comme dans le dossier de l'échographie, le vrai problème dans le dossier des frais accessoires est qu'il n'y a pas de balises. Souvenez-vous du programme de procréation assistée.

Où s'arrêtera le ministre de la Santé ? On ne sait pas ce qu'il a précisément en tête. C'est ce qui empêche la mise en place de solutions viables. On comprendra que la FMSQ ne peut s'engager sans savoir jusqu'où ira le délestage des services dans les hôpitaux.

Le ministère a indiqué qu'il allait fournir certains types de matériel et de produits pharmaceutiques aux cliniques pour la réalisation des services de prélèvements. Quand, comment, combien ? Rien n'est réglé.

  • On peut déjà prévoir le chaos dans les cabinets à compter du 26 janvier.

Le temps presse, mais parce que nous n'avons aucune raison d'avoir confiance, nous exigeons une entente écrite et complète.

  • Le recours au privé privilégié par le ministre avec Rockland-MD, la clinique 10-30 et Opmédic est fait au détriment des centres hospitaliers.

Déshabiller Pierre pour habiller Jean aura pour résultat une diminution de l'offre de services à l'hôpital.

  • En prime, il fait un énorme cadeau aux compagnies d'assurances en leur faisant épargner des dizaines de millions de dollars pour les réclamations qu'ils n'auront plus à rembourser.

Voilà un bon sujet journalistique à creuser !

  • Dans ces deux dossiers, nous comprenons les critiques faites par les patients.

L'abolition des frais accessoires et la gratuité des échographies sont des mesures que nous appuyons, mais pas sans solution de rechange appropriée.

Malheureusement, oui, la précipitation du ministre va probablement créer des bris de services et miner l'accessibilité aux soins.

Les médecins sont les premiers à le déplorer, car les hôpitaux ne leur feront pas plus de place pour qu'ils puissent voir les patients. .

Un mot concernant les CRDS (centre de répartition des demandes de services) :

  • Et parlant d'accessibilité, nous avons un autre bel exemple d'improvisation et de précipitation de la part du ministre.
  • L'accès priorisé aux soins spécialisés (APSS) est une mesure découlant de la « Loi 20 ».

Comme il le dit pour les autres, le ministre savait depuis des mois que sa mesure allait être déployée; c'était sa responsabilité de s'organiser pour que tout soit prêt.

La responsabilité des médecins spécialistes était de s'inscrire au centre de répartition des demandes de services (CRDS) et de libérer des plages horaires pour voir plus rapidement des patients référés par des médecins de famille.

  • Les CRDS ont débuté leurs activités le 31 octobre dernier avec le déploiement des formulaires de neuf premières spécialités à haut volume de consultations.

Une semaine avant, le taux d'inscription des médecins atteignait 100% dans certaines régions.

L'implication de nos associations et de nos membres a été exemplaire.

Les données d'inscription fournies par le MSSS étaient cependant incomplètes puisque, par exemple, aucune information n'était disponible pour la grande région de Québec.

  • Les dernières statistiques rendues disponibles par le MSSS datent de deux mois !

En date du 19 novembre dernier, on note dans plusieurs régions un taux de rendez-vous fixé sous la barre des 20 % .

Par exemple, en deux semaines, le CRDS de Laval-Laurentides-Lanaudière avait reçu 10 358 demandes de consultations en médecine spécialisée et n'avait fixé que 798 rendez-vous (8 % ).

  • Nous n'avons aucune nouvelle donnée depuis novembre dernier et ce n'est pas par manque de les avoir demandées.
  • Chaque jour, les médecins spécialistes nous font part de centaines, voire de milliers, de priorités cliniques non respectées, d'initiatives locales de certains CRDS, mais surtout d'un volume très important de plages de rendez-vous non remplies, contribuant ainsi à augmenter globalement le nombre de patients en attente.
  • Il est clair que l'ouverture des CRDS et le déploiement des neuf premières spécialités se sont faits de façon précipitée et qu'il y a eu sous-estimation dans plusieurs milieux de la tâche, du nombre de ressources et de l'encadrement clinique nécessaire au bon fonctionnement de ce nouveau guichet.
  • Nous avons officiellement demandé au ministre Barrette de s'assurer que des correctifs soient apportés dans les meilleurs délais, et que le fonctionnement des différents CRDS soit optimisé avant de procéder au déploiement des deuxième et troisième vagues de spécialités médicales.

Le ministre doit faire en sorte que les ressources nécessaires et compétentes soient attribuées au fonctionnement des CRDS.

Nous demandons aussi de recevoir régulièrement des données complètes et fiables.

  • Ce fonctionnement dans le flou est inacceptable d'autant plus que cette mesure est liée à des objectifs liés à la « Loi 20 ».

La Fédération s'est engagée résolument à favoriser une meilleure accessibilité aux services spécialisés.

Cependant, la situation actuelle met en péril la survie même de cette mesure.

Gaétan Barrette doit prendre les dispositions nécessaires pour nous permettre d'atteindre les objectifs fixés.

Autrement, il ne pourra nous reprocher de ne pas avoir livré la marchandise.

 

L'ANNÉE 2017 DÉBUTE COMME 2016 S'EST TERMINÉE.

Nous sommes plusieurs à le dire et à le déplorer, Gaétan Barrette improvise, précipite, puis change d'opinion, pour finalement agir à la dernière minute et placer tout le monde devant les faits accomplis.

Un exemple :

  • Le 9 décembre, dernière journée de la session parlementaire, il a déposé le projet de loi 130 qui s'attaque cette fois à l'autonomie professionnelle des médecins. Un cheval de Troie, car c'est aussi de la qualité de l'acte médical et des soins dispensés à la population dont il s'agit.

Nous irons en commission parlementaire pour expliquer que l'autonomie professionnelle assure que dans sa relation avec son patient, le médecin doit agir dans le strict intérêt de ce dernier et n'est sujet à aucune contrainte, pression politique ou administrative qui seraient contraires aux intérêts de son patient, qui auraient comme conséquence de le priver des meilleurs soins.

  • De façon générale, les projets de loi déposés par le ministre de la Santé ressemblent à des « premiers jets » auxquels il ajoute par la suite un nombre ahurissant d'amendements dans lesquels se trouve la véritable intention du ministre.

Des preuves ?

  • Pour le PL10 : plus de 100 amendements
  • Pour le PL20 : 101 amendements
  • Pour le PL 92 : 70 amendements
  • Bref, lorsqu'adopté, le projet de loi est largement différent de la version initiale sur laquelle tous se sont prononcés en commission parlementaire.

Or, comme nous le savons, le diable est dans les détails.

En ce début d'année, il est coutume de prendre des résolutions.

C'est ce que nous avons fait à la Fédération.

En fait, nous allons maintenir la résolution qui nous unit tous, membres du conseil d'administration et présidents d'associations médicales.

Je remercie d'ailleurs mes collègues qui sont présents devant vous cet après-midi pour témoigner de leur ras-le-bol de la situation.

  • Notre résolution : nous allons continuer de viser et d'offrir la meilleure médecine spécialisée aux patients du Québec, en nous assurant que les conditions pour une pratique optimale soit au rendez-vous.
  • Ce faisant, nous allons continuer de revendiquer que l'accès à nos soins doit être garantie dans les centres hospitaliers ET dans les cliniques médicales.
  • Nous allons continuer de nous impliquer et de défendre nos droits à titre de partenaires que nous sommes du système public de santé.

En ce début d'année, nous aimerions savoir que le ministre de la Santé a, lui aussi, décidé de prendre de bonnes résolutions, c'est-à-dire, des résolutions au bénéfice des patients plutôt que des électeurs.