Ne pas laisser tomber les futures mères

Diane Francœur, M.D., FRCSC, MHCM
Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ)


Il y a quelques semaines, j'ai dénoncé qu'une femme enceinte ait dû accoucher en pleine nuit entre la Malbaie et Québec, sur le siège arrière de la voiture conduite à tombeau ouvert par son conjoint, faute de pouvoir le faire dans sa région.

Dans les jours suivants, on émettait à ma suggestion une directive pour que les femmes dans la même situation soient dorénavant et systématiquement transportées en ambulance vers la salle d'accouchement la plus près. 

Je constate maintenant qu'on réserve à nouveau un mauvais sort aux femmes enceintes de la région d'Amqui.

Un cas d'aveuglement volontaire

On a embauché récemment un jeune chirurgien émérite, formé dans les meilleures écoles américaines et canadiennes. Trois semaines avant d'entrer en poste, il a constaté qu'une césarienne n'était pas dans ses compétences. Il a donc immédiatement avisé les autorités de la santé. « Ce n'est pas grave », lui a-t-on dit, un corridor de service assurera le transport des cas de césariennes vers Rimouski.

On a donc encouragé le jeune médecin à débuter son nouveau travail. Il roule huit heures pour se rendre au travail aux deux semaines à Amqui. Mais depuis quelques jours, les autorités médicales locales l'accusent de ne pas vouloir faire de césariennes. On prétend que c'est l'Association des chirurgiens du Québec qui en est la cause, et pire encore, ce serait la faute de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

L'incompétence des gestionnaires

Depuis 10 ans au Québec, qu'on n'enseigne plus aux résidents en médecine l'art délicat de la césarienne, pour laquelle il faut une formation spécifique de plusieurs semaines. Un médecin qui s'installe en région y trouvera son compte, les patientes aussi.  Mais un chirurgien qui va en dépannage n'a pas à s'investir de la sorte dans un champ de spécialité qui n'est pas le sien et au surplus, pour une intervention chirurgicale qui comporte son lot de risques.

Ce que l'on fait donc vivre aux femmes enceintes de la région d'Amqui, est le fruit de l'incompétence de gestionnaires qui n'ont pas voulu entendre raison et tentent de blâmer les autres plutôt qu'eux-mêmes.  Nous les avons prévenus il y a des semaines de ce que l'on vit actuellement. On savait tout cela et rien n'a été fait. Résultat, on insécurise les futures mères et on cloue le médecin au pilori.

Jouer aux pompiers

Ce week-end, on ne laissera pas tomber les futures mères. Je serai au bloc opératoire du Centre hospitalier d'Amqui, à intervenir pour tout cas de césarienne. Amqui, c'est chez nous. Ma famille y vit. J'y suis née.

Pour ce faire, il faudra cependant que la ministre de la Santé signe une autorisation spéciale. Il n'est pas prévu qu'une chirurgienne obstétricienne pratique à Amqui. Et de plus, il y a un corridor de service en vigueur vers Rimouski.

Nous ne voulons pas jouer aux pompiers. Mais il faut que les gestionnaires prennent leurs responsabilités au sérieux et planifient l'offre de service aux citoyens. Depuis des mois, nous craignons les découvertures à venir cet été. Et pas juste à Amqui. On attend toujours des réponses. Les grandes vacances de l'été débutent sous peu.

Nous, on opère et le ministère gère. Chacun son métier. Et les bébés seront bien nés.