En réponse à la chronique de Jean-Paul Gagné parue dans Les Affaires le 21 mai 2016

Version transmise le 20 mai 2016

 

Monsieur,

Votre chronique parue dans l'édition du 21 mai, en page 6, est, encore une fois, déconcertante tant certains de vos propos sont inexacts. Je ne reprendrai que certains passages pour ne pas vous aider à justifier le fait de ne pas me publier à cause de la longueur de ma réaction. Je vous donne raison sur un point : oui, les médecins sont (plus que) fatigués d'entendre parler de leur rémunération. Et pour cause, nous préférerions de loin parler de médecine, des enjeux du système de santé certainement, mais également des défis et des extraordinaires réalisations faites toutes les semaines par des médecins dans les hôpitaux du Québec.

Vous dites : « les médecins sont les professionnels les mieux payés du Québec ». Vos lecteurs qui sont, eux aussi, des professionnels au Québec savent, à mon avis, ce que valent un fonds de pension et des avantages sociaux qui sont inclus dans une rémunération globale (avantages que les médecins n'ont pas). Vous ajoutez : « Ils n'ont de compte à rendre à personne, même quand ils travaillent dans un hôpital, où ils sont autonomes. » Faux. Les médecins ont des obligations envers leurs patients et envers leurs gestionnaires pour la bonne utilisation du personnel et des ressources.

« Leurs clients ne vérifient pas le coût du service rendu. » Sachez bien que nous serions ravis que les patients sachent ce que nous touchons au titre de notre rémunération pour les soins que nous leur prodiguons. Je pense que cela ferait taire le dénigrement public illico. Au fait, devrait-on s'attendre à ce que toutes les personnes payées par les fonds publics fassent de même ?

Vous comparez la rémunération des médecins avec celle du recteur de l'Université de Montréal. Selon vous, combien vaut la santé, pour ne pas dire la vie, des gens que nous soignons, que nous guérissons, que nous greffons, à qui nous redonnons une qualité de vie, que nous accompagnons dans le combat de leur vie ? Lors de mes douze dernières heures de garde hospitalière, j'ai pratiqué huit accouchements, trois césariennes et un curetage. Non, je n'ai pas géré le budget d'une université, mais, oui, mon objectif a été atteint à 100%.

Vous semblez très intéressé par la santé et son financement. Je vous invite à relire les lettres que je vous ai adressées en février et en décembre 2015. Vous pourriez aussi vous intéresser à nos sorties publiques et en commission parlementaire sur les divers sujets que vous commentez; tout est sur notre portail (fmsq.org). Je me ferais aussi un plaisir de vous expliquer de vive voix ce qui semble vous échapper à propos des méchants docteurs ! Cela dit, j'ai la conviction profonde que nos patients ne partagent pas votre opinion… à croire que vous n'avez jamais été malade, tant mieux pour vous.

Cordiales salutations.