PREM 2007 en spécialité LA GESTION DES EFFECTIFS MÉDICAUX : UN SYSTÈME DÉFAILLANT

Montréal, le 22 février 2007– « Il est grand temps que le ministre de la Santé et des Services sociaux informe clairement la population que la pénurie de médecins ne pourra être réglée avant 2015 » ont déclaré le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, et le président de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), le Dr Martin Bernier. « La gestion des plans d'effectifs médicaux ne pourra régler tous les problèmes liés à la pénurie d'ici là. Conséquemment, le ministère doit informer la population que bon nombre de situations vont perdurer. »

Or, selon les présidents, le mode de gestion actuel des plans d'effectifs médicaux (PEM) entraîne des effets contraires à ceux recherchés, nuisant même, dans certains cas, à l'accessibilité aux soins et à la qualité de la formation destinée à la relève médicale, ainsi qu'à la recherche. « De plus, les milieux universitaires ont besoin de recrues pour assumer la prestation des soins à la population sur une base locale, régionale et suprarégionale », a souligné le docteur Barrette. 

Contingentement et gel d'effectifs en milieu universitaire
Certaines spécialités vivent actuellement une crise bien réelle. Toutefois, depuis 2003, le ministère de la Santé et des Services sociaux a resserré les règles entourant l'installation en milieu universitaire, notamment en psychiatrie, pour assurer une meilleure accessibilité dans les autres régions. Mais, malgré ces restrictions, les objectifs visés n'ont pas été atteints, entre autres, parce que le nombre de finissants demeure insuffisant pour répondre aux besoins. 

« Il va de soi que, compte tenu de la situation critique dans laquelle nous nous retrouvons et qui va perdurer, le ministère et les fédérations doivent collaborer à la mise en place d'un mode de gestion des PEM de façon à s'assurer que les problématiques les plus criantes soient réglées; la FMSQ l'a toujours fait et continuera à le faire», a poursuivi le docteur Barrette. Par ailleurs, ceci doit se faire sur une base de négociation équitable pour tous et selon des modalités claires et respectées par les deux parties », a-t-il ajouté. 

Selon les deux fédérations médicales, le gouvernement limite les postes en milieu universitaire pour répondre à des impératifs politiques de répartition des effectifs médicaux à 50 % dans les régions universitaires et périphériques et 50 % dans les régions intermédiaires et éloignées. Et aujourd'hui, même en l'absence de résultats probants, il poursuit sur sa lancée et ajoute quatre autres spécialités à la liste.

Un appel à la concertation
La preuve n'est plus à faire que le mode actuel de gestion de la répartition des médecins n'a pas suffi à régler les problèmes d'accessibilité. Dans un contexte de pénurie de médecins, une approche ciblée et parcimonieuse doit être privilégiée.

Le règlement des situations de pénurie doit tabler sur la responsabilité des réseaux universitaires intégrés de santé en regard de la population de leur territoire, et viser l'établissement de nouveaux médecins de façon permanente dans ces endroits.

Quatre nouvelles spécialités touchées
Ainsi, les services universitaires de pédiatrie, d'anesthésiologie, de radiologie diagnostique et d'hémato-oncologie se voient formellement limiter, d'une part, dans leur développement et, d'autre part, ce qui est dramatique, dans leur capacité de maintenir leur offre de service actuelle. On annonce que le remplacement des départs pourrait ne pas être automatique, exposant la population desservie par les réseaux universitaires. Or, il est connu que toutes les diminutions de service en pédiatrie, d'anesthésiologie, de radiologie diagnostique et en hémato-oncologie entraînent obligatoirement un effet domino sur l'offre de services des spécialités chirurgicales et de la plupart des spécialités médicales. Donc, ces conséquences auront un impact sur toute la population du Québec.

De plus, les mesures mises en place par le gouvernement ne permettent pas aux établissements de confirmer des postes à des médecins finissants qui souhaitent poursuivre des formations complémentaires pour revenir au Québec soigner la population, faire de la recherche et enseigner à la relève. Les finissants qui souhaitent poursuivre de telles formations devront donc partir sans avoir aucune assurance qu'un poste leur sera offert à leur retour, ce qui augmente les risques que certains d'entre eux ne reviennent pas au Québec, même si les établissements où ils travaillent présentement reconnaissent les besoins dans ces surspécialités et que ces formations répondent aux exigences universitaires et ministérielles. Avec l'adoption de ces mesures, on laisse sous-entendre que la situation des établissements dans les régions universitaires en est une d'abondance. Les effectifs actuels sont présentement insuffisants pour assurer leur mission. Les mesures adoptées ne pourront qu'exacerber la situation actuelle et donc diminuer l'offre de services de ces milieux.

« Il est plus que temps de questionner l'organisation des soins, a soutenu le docteur Martin Bernier, plutôt que de viser systématiquement une répartition 50% - 50% entre les différentes régions, répartition qui ne correspond en rien à la réalité terrain et qui ne permet pas de répondre adéquatement aux besoins de la population ». 

L'impact des PREM sur la qualité de la formation
Par ailleurs, alors que le nombre d'étudiants en médecine a pratiquement doublé ces dernières années, passant de 449 en 1998-1999 à 801 pour la cohorte 2007-2008, le maintien d'une formation de qualité au sein des milieux universitaires est devenue un défi quasi-insurmontable pour les médecins spécialistes qui ont la responsabilité d'assurer la formation de la relève, tout en répondant aux besoins de la population, alors qu'ils sont limités dans le nombre de nouveaux médecins qu'ils peuvent recruter.  « Ce n'est pas en appauvrissant les milieux universitaires, qui ont cette responsabilité et qui doivent en plus assurer la formation de la relève, que nous améliorerons l'accessibilité aux soins et que nous pourrons espérer une réduction des listes d'attente », a rappelé le Dr Bernier.

Le docteur Barrette a lui aussi insisté sur la nécessité d'assurer une relève suffisante dans les milieux universitaires. En effet, les réseaux universitaires intégrés de soins (RUIS) ont le mandat de s'assurer qu'il n'y aura pas de bris de service dans les territoires qu'ils desservent. « Comment le ministère peut- il penser que nous pourrons, à la fois, répondre aux exigences de la médecine académique et donner suite au mandat des RUIS, si les plans d'effectifs ne sont pas établis en conséquence ? », a réitéré le Dr Barrette. 

Des plans qui offrent trop peu et arrivent trop tard
Enfin, l'adoption tardive des PREM 2007 constitue un autre élément qui fait dire aux fédérations que le processus d'élaboration des plans régionaux d'effectifs médicaux est inadéquat et qu'il doit être modifié. En effet, les PREM 2007 arrivent un peu moins de six mois avant l'entrée en exercice des finissants.  À l'heure actuelle, 60 % d'entre eux n'ont toujours pas obtenu de poste.  « L'année dernière, le gouvernement avait proposé la mise en place de plans triennaux pour permettre une planification à court et moyen terme, notamment pour faciliter l'identification des besoins pour des services surspécialisés. Nous attendons toujours ! » a indiqué le Dr Bernier. En effet, en continuant de planifier sur une base annuelle, le gouvernement limite lui-même les formations complémentaires, si nécessaires à l'excellence de la médecine, a renchéri le Dr Barrette. 

La Fédération des médecins spécialistes du Québec
La Fédération des médecins spécialistes du Québec regroupe près de 8 000 membres au Québec, répartis dans 35 spécialités. Seul organisme reconnu par le gouvernement pour la négociation d'ententes collectives, la FMSQ est également consultée pour tout ce qui touche l'organisation des soins médicaux au Québec.

La Fédération des médecins résidents du Québec
La Fédération des médecins résidents du Québec regroupe 2 387 membres, dont le quart se destinent à une pratique en médecine familiale. Les autres poursuivent une formation dans l'une des 35 spécialités reconnues au Québec. Les médecins résidents dispensent des soins à la population dans plus de 100 centres hospitaliers universitaires, centres affiliés universitaires et instituts universitaires, dans toutes les régions du Québec, en moyenne 72 heures par semaine.