La loi spéciale du ministre Legault envenime le fragile équilibre du système de santé au Québec, selon la Fédération des médecins spécialistes

Québec, le jeudi 25 juillet 2002 – À la suite d'une réunion spéciale de la plus haute instance décisionnelle de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, les délégués ont voté à l'unanimité une résolution dénonçant la volonté du gouvernement de recourir à une loi spéciale sur les urgences. Le président de la Fédération, le Dr Yves Dugré, a d'ailleurs spécifié à ses membres : « Le ministre Legault, malgré le climat de confiance et de collaboration qui régnait jusqu'à maintenant entre la Fédération et le ministère, a tout de même adopté une mesure odieuse, une loi matraque, qui, selon lui, est synonyme de révolution. Il vient, au contraire, de donner le ton aux prochaines discussions que nous aurons avec le ministère ! ».

La Fédération reconnaît d'emblée l'importance de l'accessibilité constante aux services d'urgences pour l'ensemble de la population. Même si les médecins spécialistes ne sont pas les premiers concernés, la Fédération s'est impliquée activement avec la Fédération des médecins omnipraticiens et la Fédération des médecins résidents quant à la recherche active et la mise en place de solutions. Toutefois, les problèmes qui sévissent actuellement dans certaines salles d'urgences résultent plutôt de la pénurie d'effectifs médicaux et du défaut du ministère de mettre en place les solutions appropriées. Le recours à une loi spéciale coercitive ne règlera en rien la situation.

Cette loi aura ainsi des conséquences importantes pour les médecins spécialistes. « Alors que nous ne sommes pas en conflit de travail ou en moyen de pression, mais sommes plutôt activement impliqués dans la recherche de solutions pour les urgences et pour beaucoup d'autres problèmes visant l'amélioration de l'organisation des services de santé, le ministre nous impose une loi spéciale. Dans cette logique, jusqu'où ira-t-il ?, questionne le Dr Dugré. Pour nous, cette décision est synonyme de bris de confiance ». Les médecins spécialistes craignent en effet que le recours à des lois spéciales soit, dorénavant, une solution de facilité pour aborder le problème récurrent des effectifs médicaux au Québec.

Avec cette loi spéciale, la démotivation déjà bien présente dans le système de la santé tendra incontournablement vers son apogée. Comment les médecins spécialistes peuvent-ils exercer en ayant la menace constante d'une loi spéciale qui brime leur liberté de pratique ? Par ailleurs, cette situation n'aide en rien l'exode des médecins spécialistes, qui de plus en plus lorgnent les provinces voisines pour obtenir une rémunération adéquate et de meilleures conditions de pratique. Depuis les 5 dernières années, le Québec a connu une perte nette de plus de 650 médecins. Cette loi spéciale risque d'envenimer la situation et de diminuer l'accessibilité aux soins.

La Fédération invite donc le ministre de la Santé à reprendre le cours normal des négociations dans un climat de collaboration, afin de trouver des solutions efficaces et durables visant à résoudre les multiples problèmes du réseau de la santé. À ce sujet, la Fédération déposait, le 14 mars dernier, les demandes relatives au renouvellement de son entente, échue le 31 mars. « Nos démarches stratégiques convergent toutes vers un seul et même objectif : l'accessibilité, de dire le Dr Dugré. La majorité des mesures que nous envisageons concernent des effectifs en nombre suffisant et un environnement de travail adéquat. Les mesures coercitives ne régleront en rien la situation. Il est temps pour le ministre Legault de se rendre à l'évidence : la loi spéciale ne fait qu'envenimer le fragile équilibre du système de santé au Québec ».

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