50 ans de la FMSQ

Victor Hugo a dit : « Cinquante ans, c'est la jeunesse de la vieillesse. » Évidemment, ce n'est pas le cas de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, car ce demi-siècle n'est que le premier jalon d'une longue série d'anniversaires qui continueront de marquer l'histoire de cette organisation encore en pleine évolution.

Ce cinquantenaire est l'occasion parfaite de faire valoir notre devoir de mémoire. Une étape phare où il importe de souligner le passage dans le temps de celles et ceux qui, par leur engagement et leur passion, ont bâti cette communauté de médecins spécialistes.

Voici un aperçu des informations que vous trouverez dans l'édition hors série du magazine Le Spécialiste consacré à cet anniversaire important. Vous pouvez aussi consulter la version intégrale de l'édition hors série du magazine.

Bonne lecture!

 

 

La gestation du projet

Trente ans après la création du ministère de la Santé, la tension est toujours vive entre les médecins et le gouvernement. On ne s'entend pas sur la rémunération, l'organisation du système et surtout, sur l'imposition d'un régime universel de soins.

Depuis 1961, les médecins, craignant l'imposition du salariat et l'étatisation de la médecine, discutent de la possibilité de se regrouper en syndicat professionnel. À l'invitation d'un jeune neurologue, quelques associations acceptent de signer la requête de constitution pour la formation d'un organisme représentatif.

Après plusieurs années d'efforts, le rêve de Dr Robillard se concrétise enfin. Le 14 décembre 1965, le secrétaire de la province autorise la nouvelle fédération comme syndicat professionnel. Celle-ci portera le nom de « Fédération des Médecins Spécialistes du Québec/Federation of Medical Specialists of Quebec ». Ce même jour, on procède à l'élection du conseil d'administration; Dr Robillard, neurologue à l'Hôpital Maisonneuve, est élu à la présidence.

 

 

1965-1978 : la FMSQ sous la présidence de Dr Raymond Robillard

Dr Robillard amorce sa présidence sur les chapeaux de roues. À peine élu, doit-il entreprendre des discussions avec le gouvernement, notamment pour aborder les principaux problèmes de la profession médicale pendant l'implantation de la première phase de l'assurance maladie qui touche la rémunération des services médicaux dispensés aux assistés sociaux. Plusieurs autres associations médicales veulent, à leur tour, rallier les rangs de la nouvelle fédération. Dr Robillard est tellement sollicité qu'il doit délaisser une partie de sa pratique médicale pour s'occuper de la Fédération.

En février 1966, la Fédération compte déjà 22 associations médicales affiliées, représentant plus de 3 500 membres. Il faut trouver comment financer la Fédération, car les cotisations ne sont pas encore prélevées automatiquement comme elles le seront à compter de 1970 avec l'application de la formule Rand.

Il y a fort à faire, déjà plusieurs lois vont à l'encontre de l'organisation des soins et sont contestées par la Fédération. En 1969, après l'adoption du projet de loi mettant en place le régime d'assurance maladie, la FMSQ, insatisfaite, demande à négocier et se rend à Québec. Cependant, les représentants du gouvernement n'ont reçu aucun mandat en ce sens. Trois mois plus tard, l'attitude est la même. Dr Robillard en profite pour faire de l'ironie en disant que « cette délicatesse du gouvernement » ne sera guère « une habitude bien ancrée » lorsque viendra le temps de négocier la loi portant sur l'assurance maladie. La situation s'envenime rapidement. Les médecins spécialistes organisent un grand débrayage : ils cessent leurs services à l'exception des soins d'urgence. Le moment est mal choisi, car quelques jours auparavant, le Front de libération du Québec (FLQ) a kidnappé le diplomate britannique James Cross.

La FMSQ se retrouve malgré elle au centre d'une tempête; un groupe de 27 activistes envahissent le siège social de la FMSQ et un appel à la bombe entraîne son évacuation. À Québec, un médecin voit un cocktail Molotov lancé contre sa maison. Dr Robillard doit se cacher, car un communiqué envoyé par la cellule Nelson annonce qu'elle kidnappera un médecin spécialiste si la Fédération ne met pas un terme à la grève. La FMSQ élabore alors un plan pour protéger ses membres. Les équipes de travail sont déplacées dans d'autres hôpitaux et les honoraires sont dans un fonds commun : les médecins non affectés aux services d'urgence sont cachés temporairement en Ontario ou aux États-Unis.

Malgré l'impopularité de cette grève, la FMSQ en sortira renforcée. La plupart des médecins spécialistes reconnaissent désormais l'utilité de la Fédération pour défendre leurs intérêts et leurs futures conditions de pratique. Les mesures qu'elle avait soigneusement mises en place pour répondre aux cas d'urgence et limiter les effets de la grève sur la santé des patients ainsi que l'organisation de reprise du travail lui valent la sympathie du public.

Dès 1971, la FMSQ s'affaire à préparer l'avenir. Il faut structurer la Fédération afin d'assurer une meilleure coordination de ses activités et des communications plus efficaces avec ses membres. L'expansion rapide de la Fédération, l'augmentation de ses budgets de fonctionnement et la gestion des affaires économiques de plusieurs médecins nécessitent une réforme.

Le 1er février 1973, le gouvernement a indiqué qu'à compter du 1er avril, tous les médecins spécialistes devront assumer les frais d'exploitation des cliniques externes, soit les frais pour le personnel, le mobilier, les équipements et l'entretien. Devant la colère des médecins, le gouvernement a décidé de reporter sa mise en œuvre au 1er octobre, mais le projet est mort puisque le ministère a changé de main.

Avril 1978, celui qui a fondé la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Dr Raymond Robillard, aux prises avec des problèmes de santé décide de ne pas se représenter à la présidence de la FMSQ.

Dr Robillard est décédé le 25 août 2007.

 

 

1978-1991 : la FMSQ sous la présidence de Dr Paul Desjardins

Le 13 avril 1978, marque l'élection de Dr Paul Desjardins, obstétricien gynécologue à l'Hôpital Royal Victoria comme deuxième président de la FMSQ. Dr Desjardins est un homme calme qui aime le compromis, mais qui sait aussi se faire entendre si un dossier n'aboutit pas. Dr Desjardins doit voir à consolider les activités de la Fédération qui sont en plein essor, notamment sous ses aspects économiques.

À la FMSQ, 1978 est l'année de la mise en place d'une politique de formation continue. C'est aussi l'année de la création du Fonds médical, un fonds de placement. Puis, la filiale Sogemec, société d'administration de collection de comptes et de facturation médicale créée le 4 mars 1968, change de vocation et offrira désormais un régime d'assurance collective.

En 1978, le ministre Denis Lazure veut revoir le mode de rémunération des médecins en imposant une forme de salariat élastique. Le ministre veut aussi infliger des mesures punitives aux nouveaux médecins s'ils ne s'implantent pas dans des régions désignées. Les futurs spécialistes, furieux, menacent alors de faire la grève. Les associations réunies en assemblée spéciale votent pour une action musclée. Devant la grogne générale, le gouvernement n'a d'autre choix que de modifier son projet. Après des échanges musclés entre la FMSQ et le gouvernement, on assiste à une période d'accalmie.

En 1982, le temps est venu d'améliorer les communications tant avec les membres qu'avec le public, surtout que la réputation des médecins spécialistes a passablement été ternie par les dernières négociations. En 1983, la FMSQ, qui compte un peu plus de 7 000 membres répartis dans 29 associations affiliées, profite de l'occasion pour organiser son deuxième congrès d'orientation. Celui-ci permettra de faire le point sur les actions entreprises depuis sa création et… préparer l'avenir !

Les années suivantes sont calmes puisque la FMSQ a amélioré ses relations avec le ministère. Sur certains dossiers, la FMSQ partage même quelques orientations générales du gouvernement, notamment celle concernant la répartition des effectifs médicaux. La FMSQ reconnaît, en 1984, que la question des effectifs est liée au vieillissement de la population (et des médecins !) ainsi qu'à la féminisation de la médecine : ces points permettent d'alimenter les discussions à la table de concertation sur la répartition des effectifs régionaux.

Au printemps 1986, le gouvernement inflige une nouvelle gifle à la profession médicale en déposant les projets de loi no 74 sur l'assurance maladie et no 75 sur les services de santé et les services sociaux. Ces projets de loi visent des objectifs d'attrition des coûts, notamment par la diminution du nombre d'admissions en médecine et à restreindre la liberté d'établissement des spécialistes pour modifier leur répartition régionale. La FMSQ enfile les batailles, mais à l'interne, la guerre couve. L'Association des chirurgiens généraux conteste la nouvelle formule de distribution de l'augmentation tarifaire et annonce son retrait de la FMSQ. Les hématologistes-oncologistes feront de même.

L'Association médicale du Québec profite de ces remous pour tenter de se substituer à la FMSQ. La ministre de la Santé, Thérèse Lavoie-Roux, rejette la demande et toutes les tentatives de l'AMQ sont rejetées devant les tribunaux. La saga se termine par la signature du protocole AMC-AMQ-FMOQ-FMSQ qui reconnaît le rôle de chacun.

Le maraudage de l'AMQ et le retrait de deux associations ont laissé des séquelles importantes tant chez les médecins qu'auprès du public. Heureusement, l'Association des médecins hématologistes-oncologistes décide de réintégrer la Fédération le 10 juin 1988.

Chez les médecins spécialistes, l'heure n'est pas à la fête. L'écart de rémunération se creuse avec leurs confrères canadiens. Et, en décembre 1990, le ministre de la Santé, Marc-Yvan Côté, dépose le projet de loi no 120, destiné à remplacer la Loi sur les services de santé et de services sociaux.

Le ministre attaque de front plusieurs prérogatives de la profession médicale. La Fédération porte un jugement sans appel sur le PL 120 : projet de loi bâclé, axé sur la restructuration du système, etc. Manifestement, les négociations avec le gouvernement sont mal parties. Le projet de loi suscite une vague d'opposition sans précédent depuis 1970. Dans le manifeste La médecine ligotée, la FMSQ dénonce l'utilisation de mesures coercitives pour réguler la pratique médicale. Le président de la FMSQ estime que la profession médicale aborde l'un des tournants les plus importants de son histoire.

Malgré les nombreux irritants de la réforme, Dr Desjardins demeure pragmatique. Mais les associations veulent voir la FMSQ prendre une attitude plus agressive face au gouvernement. La FMSQ prépare une riposte au PL 120. Des rencontres ont lieu avec le Collège et les autres fédérations médicales afin d'élaborer une position et une stratégie communes. Mais cette bataille sera celle d'une nouvelle administration, car la présidence de Dr Desjardins prend fin en mars 1991.

Invité par le président Robillard à me joindre à lui à temps plein dans la gestion de la FMSQ, j'ai participé à la négociation historique de la première entente des médecins spécialistes avec l'État. J'ai négocié, par la suite, à titre de président, plusieurs de ces ententes, avec des équipes renouvelées au gré des gouvernements – et au gré, aussi, des Assemblées des délégués! –, et ce, toujours dans un fier respect mutuel. À ce sujet, une anecdote. 1982 : il semble y avoir absence de volonté du gouvernement de négocier avec le président d'un conseil contestataire. Le hasard nous permet, au Dr Jean-Marie Albert et à moi, de rencontrer deux consultants du ministère au restaurant à l'heure du lunch. Au cours d'une conversation courtoise, Me Lucien Bouchard dira : « Laissez-moi donner un coup de fil à mon ministre » (il s'agissait de Pierre-Marc Johnson). Une séance de négociation était aussitôt arrêtée pour 19 heures, le soir même. La négociation s'est poursuivie pendant la nuit. À 5 heures du matin, nous avions une entente à présenter à nos membres ! Cette entente sera signée quelque temps après. J'ai œuvré pendant 20 ans au sein du conseil d'administration de la FMSQ, et j'y ai vécu une très heureuse deuxième carrière.

Dr Paul Desjardins, président 1978-1991

 

 

1991-1994 : la FMSQ sous la présidence de Dr Robert Marier

Le 14 mars 1991, les délégués de la FMSQ ont élu Robert Marier, obstétricien gynécologue à l'Hôpital du Sacré-Cœur et ont presque entièrement renouvelé le conseil d'administration. Dr Marier propose des modifications à la distribution de la rémunération, ainsi qu'au fonctionnement fédératif. Outre les négociations, le nouveau conseil devra mettre l'accent sur la défense des intérêts économiques des médecins spécialistes et revoir les communications internes et externes. La tâche est immense et le printemps s'annonce chaud, mais tous gardent espoir, car, rapidement, l'association restée dissidente, celle des chirurgiens généraux, se réaffilie !

Au printemps 1991, un front commun composé des quatre fédérations médicales, du Collège des médecins et de l'Association des CMDP démontre en commission parlementaire que le projet de loi no 120 équivaut à la soviétisation de la médecine et dénonce « la création d'une médecine technocratique dénuée de toute initiative individuelle ». On craint une médecine sans médecins dirigée par des bureaucrates qui considèrent les membres du corps médical comme des pions et les patients comme des pièces numérotées qu'on dirige machinalement vers des chaînes de montage.

Les médecins sont mobilisés à bloc ! On assiste à un affrontement : publicités, boycottages, journées d'étude, fermetures de cabinets et démissions font partie des moyens d'action. Les médecins obtiennent même l'appui de la presse écrite. La pression sur le ministre Côté l'incite à reporter de deux mois l'adoption de sa grande réforme. Le 16 août, les fédérations médicales gagnent leur bataille. L'entente prévoit la création du Conseil médical du Québec, chargé de fournir au ministre divers avis sur les services médicaux, l'évolution des coûts de ces services, les besoins et la capacité de payer de la population.

Printemps 1992, la FMSQ effectue une tournée de consultation de ses membres en vue de son deuxième congrès d'orientation prévu pour octobre. Les membres décident, d'un commun accord, de participer aux grands enjeux du Québec en intervenant davantage sur la place publique. Cette même année, à la veille de la négociation pour le renouvellement de l'entente, les médecins constatent qu'ils sont derniers au Canada sur le plan de la rémunération. L'enjeu sera la réduction de cet écart, mais le moment est mal choisi : le Québec est en pleine récession !

La FMSQ demande alors une rémunération plus juste pour les tâches d'enseignement, de recherche et de gestion médico-administrative. Devant le refus du gouvernement, la FMSQ enjoint ses membres à cesser tout service à la CSST. La FMSQ obtient finalement une partie de ses demandes, dont l'augmentation tarifaire. Cependant, à l'interne, les accords tarifaires et la répartition des augmentations font des mécontents. Les anesthésistes et les radiologistes en demandent même l'annulation. Les radiologistes souhaitent leur reconnaissance à titre d'organisme de négociation.

Hiver 1994, le président Marier lance une campagne de communication. Selon lui, il est temps de répondre aux véritables demandes du public, de faire connaître le travail des médecins spécialistes et de créer des liens solides entre ses deux groupes. Ce sera le travail de son successeur.

Je me souviens… Quitter une pratique médicale que l'on aime au plus haut point, ce n'est pas facile. Mais pour se mobiliser contre une des plus violentes attaques contre la profession médicale, voilà une justification ! Pratiquer la gynécologie obstétrique laisse peu de place pour les loisirs. Il appert que les miens, depuis le collège, l'université, la résidence, avaient été de m'impliquer dans la représentation et la défense des intérêts de mes collègues. Le passage à la FMSQ fut naturel. Étant probablement l'un des rares médecins ayant lu « d'un couvert à l'autre » le rapport Rochon, j'avais déjà compris la philosophie derrière le projet de loi no 120. Le mémoire de la FMSQ présenté en commission parlementaire le dénonçait, mais mon opinion était que l'impact que ce projet de loi aurait sur la pratique médicale nécessitait une approche plus combative. Ce fut ma motivation pour me faire élire à la FMSQ, afin de travailler en équipe dans le but de changer le cours des événements. L'attaque frontale du gouvernement était tellement importante qu'elle a facilité la mobilisation de toute la profession médicale : résidents, omnipraticiens et spécialistes, ainsi que la Corporation professionnelle, qui s'est sentie interpellée de par son rôle dans le contrôle de l'acte médical. La bataille fut gagnée. Ce fut une victoire pour la profession médicale, mais surtout pour les patients qui continueraient à pouvoir choisir leur médecin traitant et à recevoir des soins de qualité contrôlés par ceux qui en ont l'expertise.

Dr Robert Marier, président 1991-1994

 

 

1994-2001 : la FMSQ sous la présidence de Dr Pierre Gauthier

Le 12 mai 1994, les délégués de la FMSQ portent au pouvoir celui qui était jusqu'alors vice-président. Routier des instances fédératives depuis 1983, Dr Pierre Gauthier, pédiatre à Sept-Îles, devient le 4e président. Dr Gauthier, qui a conservé une pratique à temps partiel, veut d'abord résoudre les problèmes internes. Il règle le litige qui oppose l'Association des allergologues à la FMSQ en leur accordant le rattrapage de rémunération promis en 1991. Puis, il actualise la structure de fonctionnement interne pour améliorer l'unité entre les associations tout en raffermissant les positions officielles de la FMSQ auprès des pouvoirs publics. Enfin, les activités de communication entreprises par l'ancien président sont revues : il faut maintenant passer en mode offensif.

Après l'élection du nouveau gouvernement Parizeau, Dr Jean Rochon, ministre de la Santé, amorce une réforme majeure ayant des impacts directs sur les médecins spécialistes : le virage ambulatoire. C'est dans un contexte budgétaire difficile marqué par le gel des dépenses publiques que le président de la FMSQ, Dr Pierre Gauthier, prépare la nouvelle ronde de négociations avec le gouvernement, la dernière entente ayant pris fin en 1988.

Juin 1995, la FMSQ et le gouvernement ont conclu un projet d'entente. La FMSQ a fait des concessions : le gouvernement est parvenu à négocier une masse monétaire fermée, accompagnée d'une baisse de l'enveloppe globale de 125 millions de dollars. Malgré certains gains, cette entente ne fait pas l'unanimité au sein des troupes, on s'en doute bien.

Tenant compte des écarts de rémunération importants entre les spécialités, la Fédération fait appel à un sentiment d'équité et de solidarité de toutes les associations. Mais les radiologistes et les chirurgiens cardiovasculaires et thoraciques résistent et déposent une demande d'injonction pour contrer certaines clauses de cet accord. Les radiologistes protestent contre le programme d'équité salariale de la FMSQ et dénoncent le plafonnement de leurs revenus : ils décident de fermer leurs cliniques durant les deux dernières semaines de décembre. De plus, du côté des neurochirurgiens, on accuse la FMSQ de vouloir saboter un plan de regroupement global des services et de rémunération forfaitaire élaboré depuis deux ans. En revanche, certaines initiatives de la FMSQ sont plus populaires, par exemple l'obtention du remboursement des augmentations d'assurance responsabilité professionnelle décrétées par l'Association canadienne de protection médicale (ACPM), autrefois assumées par les médecins spécialistes.

Lucien Bouchard est devenu chef du Parti Québécois en janvier 1996 et son gouvernement exige maintenant la réouverture de l'entente paraphée un an plus tôt pour ajouter des compressions supplémentaires de 6 
. Fait sans précédent, le 18 décembre, les trois fédérations médicales tiennent une journée d'étude conjointe, réunissant plus de 7 000 médecins à Montréal et à Québec. Cette démonstration de force envoie un message clair au gouvernement : il doit négocier.

Le 21 mars 1997, optant pour la ligne dure, le gouvernement dépose le projet de loi no 104 qui force la diminution des coûts de la main-d'œuvre dans le secteur public provoquant le départ à la retraite d'un grand nombre d'infirmières et de médecins et la diminution de 15 % des inscriptions dans les facultés de médecine.

1997, la FMSQ se préoccupe du fait que l'écart de rémunération entre les médecins du Québec et ceux de l'Ontario ne cesse de se creuser depuis une quinzaine d'années. Dès lors, la réduction de l'écart devient LA priorité.

En juin 2000, la FMSQ fait part de ses nombreuses préoccupations à l'égard des enjeux auxquels fait face le système de santé et propose des solutions dans le cadre des travaux de la Commission Clair sur la santé et les services sociaux.

Après avoir conclu une prolongation de l'Entente avec le gouvernement et selon les statuts de la FMSQ, Dr Gauthier quitte ses fonctions en 2001.

 

 

 

2001-2006 : la FMSQ sous la présidence de Dr Yves Dugré

Le 29 mars 2001, Dr Yves Dugré, ORL pratiquant à Trois‑Rivières, un autre familier des luttes syndicales, devient le cinquième président de la FMSQ. La diminution de l'écart de rémunération avec les médecins spécialistes canadiens devient SA priorité.

Depuis que le gouvernement de Bernard Landry a remplacé celui de Lucien Bouchard en mars 2001, les ministres de la Santé se succèdent, d'abord Rémy Trudel puis, moins d'un an plus tard, François Legault. Et c'est avec ce dernier que s'amorce une nouvelle ronde de négociations pour le renouvellement de l'entente avec les médecins spécialistes.

Juin 2002, à la suite de la mort d'un patient à Shawinigan, le ministre Legault dépose une loi spéciale concernant la disponibilité des médecins pour pratiquer dans les salles d'urgence. La FMSQ s'oppose, le ton monte. À l'initiative de la FMSQ, le regroupement des fédérations médicales reprend du service et dénonce la bureaucratisation de la médecine.

Le ministre Legault annonce, pour l'automne, de nouvelles modifications législatives visant l'encadrement et la répartition des médecins, qu'il accuse d'être les principaux responsables des problèmes affectant le réseau. Le projet de loi no 142 est déposé en novembre. L'effet est immédiat au sein des troupes et donne lieu à une vaste mobilisation.

L'Opération Grande Inquiétude rassemble plus de 3 000 médecins spécialistes. Début décembre, la FMSQ reprend la même formule.

Rien ne va plus avec le gouvernement. Une autre journée d'étude est décrétée le 16 janvier 2003. Six jours plus tard, les discussions reprennent, mais les demandes portant sur la réduction de l'écart de rémunération compliquent les pourparlers. La FMSQ maintient la pression en organisant d'autres journées d'étude dans différents hôpitaux. Le ministre, plus conciliant, bonifie ses offres et un terrain d'entente est trouvé.

Le 7 février 2003, une entente de principe est ratifiée avec le ministère. La Lettre d'entente no 143 répond à plusieurs demandes de la Fédération, mais surtout, prévoit la mise en place d'un comité d'étude sur la parité.

Signe de bonne foi, le ministre Legault désigne Diane Marleau à titre de médiatrice. Elle aura à évaluer l'écart de rémunération entre les médecins spécialistes québécois et leurs collègues du reste du Canada.

Quelques mois plus tard, le ministre s'engage, par lettre d'entente, à effectuer un rattrapage de rémunération à partir de 2004. La victoire sera toutefois de courte durée puisque l'élection générale survient et le gouvernement libéral de Jean Charest ne se sent pas lié par l'entente signée.

En 2004, Philippe Couillard, neurochirurgien, est assermenté comme ministre de la Santé. Le gouvernement se montre intransigeant dans le dossier du rattrapage. On refuse d'aborder la question et limite les négociations au renouvellement de l'entente.

En avril 2006, le ministère dépose une offre jugée inacceptable. Pour Dr Dugré, il est clair que le gouvernement n'a pas l'intention de respecter l'entente de 2003.

Le 31 mai, le ras-le-bol est à son comble. La Fédération réunit plus de 2 300 spécialistes au Stade olympique pour l'Opération : fini le mépris  !

La Fédération intente une action juridique pour forcer le recours à la médiation, ce qui déplait au gouvernement qui, le 13 juin, dépose une autre loi spéciale, la loi 37, pour limiter l'augmentation de la rémunération à 2 
par année, fixer par décret les conditions de pratique et réduire l'éventail des moyens de mobilisation. Cette «  loi matraque  » coupe les ponts.

Éprouvant des problèmes de santé, Dr Dugré est contraint de suspendre ses activités au début d'octobre. Il quitte la présidence de la Fédération le 13 novembre 2006, laissant à son successeur le soin de régler le dossier de la rémunération et la conclusion d'une nouvelle entente.

Dr Dugré est décédé le 29 juillet 2011.

 

 

2006-2014 : la FMSQ sous la présidence de Dr Gaétan Barrette

Gaétan Barrette, radiologiste à Maisonneuve-Rosemont, a été élu à la présidence de la FMSQ le 16 novembre 2006 à la suite du départ de Dr Dugré.

Il entre en poste avec la ferme intention de forcer le gouvernement Charest à respecter l'entente signée avec les médecins en 2003. Son organisation fait pression sur le gouvernement de toutes les façons : cessation des activités d'enseignement non rémunérées, arrêt des procédures médico-administratives, refus d'encadrer les étudiants et de poursuivre les cours formels, menace des obstétriciens gynécologues de ne plus pratiquer d'accouchements : l'effet est immédiat.

Le 21 décembre, un accord de principe intervient quelques minutes à peine avant le début de l'assemblée générale.

La Fédération obtient la nomination d'un médiateur, Guy Coulombe, et on s'entend sur une procédure d'arbitrage en cas d'impasse dans les négociations concernant le rattrapage de la rémunération.

Le 20 juin 2007, le gouvernement abroge la Loi spéciale et le 31 août, une entente de principe est conclue dans laquelle a Fédération accepte d'étaler le rattrapage consenti jusqu'en 2016 afin de respecter la capacité financière de l'État.

La question de la rémunération étant désormais réglée pour les médecins spécialistes, l'action se transpose ailleurs.

Retour sur les faits saillants de cette présidence…

2008

  • Tournée d'une vingtaine de blocs opératoires afin d'augmenter la productivité en chirurgie
  • Campagne pour contrer l'adoption du projet de loi C-484 du gouvernement Harper, qui pourrait rouvrir la porte à la criminalisation de l'avortement
  • Campagne pour bonifier le nouveau CHUM - « Ne ratons pas la chance de mener à bien ce mégaprojet... pour une fois »

2009

  • Dénonciation du projet de loi no 34 sur les centres médicaux spécialisés et les laboratoires d'imagerie médicale
  • Partenariat majeur de la deuxième édition du Grand défi Pierre Lavoie.
  • Dénonciation de l'inaction gouvernementale à régler la problématique de variation diagnostique dans les laboratoires de pathologie
  • Dévoilement d'un sondage sur l'euthanasie effectué par la FMSQ auprès de ses membres

2010

  • Opération « Urgence Haïti » qui recueillera 210 000 dollars en dons des médecins spécialistes à la suite du tremblement de terre survenu le 12 janvier 
  • Appui sans réserve au recours aux infirmières praticiennes
  • Campagne publicitaire prébudget, «  L'expertise a un prix » : des mesures pour garnir les coffres de l'État sans impact pour les contribuables
  • Deux campagnes de notoriété : «  Passionnés pour la vie » présentant les différentes spécialités médicales et « Mon histoire santé » où des patients témoignent de la qualité des soins reçus par leur médecin spécialiste 
  • Réaction à la mise sur pied précipitée du programme de procréation assistée

2011

  • Ultimatum au gouvernement pour qu'il prenne une décision, une fois pour toutes, dans le dossier des frais accessoires, notamment dans le cas de la dégénérescence maculaire
  • Renouvellement de l'entente-cadre pour la période de 2011 à 2015 et respect des gains obtenus en rattrapage

2012

  • Création de la Fondation de la FMSQ au bénéfice des proches aidants
  • Appel lancé au premier ministre Harper afin de contrer une autre tentative visant à recriminaliser l'avortement par la motion M-312

 

Après un congé sans solde pour se présenter aux élections générales de septembre 2012 avec la Coalition Avenir Québec, et avoir été battu, Gaétan Barrette revient aux commandes de la Fédération pendant 18 mois.

En mai 2013, au terme de trois années d'opération, l'heure est au bilan du programme de procréation assistée. La FMSQ appuie le programme dans les cas médicalement requis, mais demande au gouvernement de fixer des balises.

La Fédération ayant été la première organisation médicale au Québec à s'exprimer sur le sujet des soins de fin de vie appuie en septembre 2013 le projet de loi no 52 déposé par la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon.

Le 3 mars 2014, Dr Gaétan Barrette quitte définitivement son poste à la FMSQ pour briguer à nouveau les suffrages, cette fois sous la bannière du Parti libéral du Québec.

 

2014 à ce jour : la FMSQ sous la présidence de Dre Diane Francœur

Le 20 mars 2014, Dre Diane Francoeur, obstétricienne gynécologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, est nommée à la présidence de la FMSQ pour un mandat d'un an en remplacement de Gaétan Barrette. Elle sera la première femme à occuper cette fonction. Militante de longue date, Dre Francoeur siège au conseil d'administration de la FMSQ depuis 2008.

Les élections générales du 7 avril dernier ont marqué le retour au pouvoir du Parti libéral du Québec et l'arrivée d'un duo improbable : Philippe Couillard, Premier ministre et Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux.

Le 8 mai, malgré un engagement contraire pris en campagne électorale, le nouveau gouvernement Couillard prévient les médecins qu'ils seront, eux aussi, appelés à contribuer à l'effort budgétaire. Le gouvernement veut étaler à nouveau les sommes à verser aux médecins en vertu de l'entente de 2006 et exige la conclusion d'une entente avant le budget, prévu le 4 juin. À défaut, il brandit d'emblée le spectre d'une loi spéciale. Le nouveau ministre de la Santé devient rapidement l'adversaire des médecins, tant omnipraticiens que spécialistes. Une situation unique où les deux signataires d'une entente, Barrette et Couillard, dans des camps opposés se trouvent désormais dans le même camp à renier leurs paroles et leurs signatures. Les médecins ne porteront pas sur leurs épaules le poids du retour à l'équilibre budgétaire préconisé par le gouvernement libéral. Le bras de fer avec le gouvernement durera cinq mois et propulsera la présidente Francœur dans le feu de l'action, au cœur de l'actualité, au cœur des décisions.

Une première rencontre a lieu le 14 mai. La présidente Francœur apprend alors que le gouvernement veut étaler les sommes restantes jusqu'en 2028-2029. Pour elle, comme pour les instances de la FMSQ, étaler sur 15 ans ce qui a déjà été étalé est inacceptable. La FMSQ est prête à faire un effort supplémentaire et propose de limiter l'étalement à l'intérieur du mandat de quatre ans de ce gouvernement.

Deux semaines plus tard, le ministre propose que le ré-étalement se fasse sur un horizon de 10 ans, une proposition toujours aussi inacceptable pour la FMSQ. Le 4 juin, la FMSQ découvre dans les documents budgétaires que l'enveloppe de rémunération a été unilatéralement amputée. La présidente réplique par voie de communiqué et tient un point de presse le lendemain. Les négociations s'enlisent, le ton monte. Une guerre de mots par médias interposés s'ensuit ; Dre Francœur répond du tac au tac par le biais de lettres ouvertes. Le président du Conseil du trésor évoque alors l'adoption d'une loi spéciale à l'automne.

Dès septembre, la FMSQ met en ondes une campagne publicitaire «  Nous, nous sommes de bonne foi  ». Le ton est donné. Le 10 septembre, des négociations ont lieu ; le gouvernement exige maintenant un ré-étalement sur neuf ans. Deux jours plus tard, un ultimatum est lancé aux deux fédérations ; le gouvernement menace d'adopter une loi spéciale.

Le 17 septembre, le journal Le Devoir titre  : Le conflit s'envenime. Barrette accuse la FMSQ d'avoir proféré des menaces lors d'une rencontre, d'être dogmatique, de tenter de s'enrichir sur le dos des finances publiques, d'avoir déposé des propositions sans chiffres. Le jour même, la FMSQ réplique en conférence de presse. La présidente, entourée d'une vingtaine de présidents des associations affiliées, offre une démonstration éloquente de solidarité. La FMSQ exige que le premier ministre ramène son ministre de la Santé à l'ordre. Le 24 septembre, un changement de ton radical s'opère du côté gouvernemental.

Une entente de principe intervient  : le versement des sommes résiduelles sera étalé sur une période de sept ans. Puisque les sommes retenues par ce nouvel étalement iront entièrement au déficit, la Fédération décide de faire un effort supplémentaire en espérant que les concessions financières faites par les médecins spécialistes serviront aux soins à la population. Aussi, elle remet au gouvernement la dernière année de l'entente, soit une somme de 350 millions de dollars.

En septembre, le ministre de la Santé dépose le projet de loi no 10 portant sur la réorganisation du réseau. La FMSQ déplore plusieurs aspects de cette «  réforme Barrette », notamment l'excessive concentration des pouvoirs décisionnels entre les mains du ministre de la Santé. Dre Francœur critique également le fait que le ministre poursuive dans la voie de l'imposition plutôt que de la collaboration. Lors de la Commission de la santé et des services sociaux sur le projet de loi, la présidente Francœur donne le ton, qualifiant le projet de loi «  d'irrecevable ». La FMSQ dénonce l'empressement du gouvernement à vouloir présenter, adopter et mettre en application à la vitesse grand V une réforme aussi importante pour le réseau sans avoir préalablement consulté les principaux acteurs. La Fédération demande que ce projet de loi soit «  clarifié, modifié et bonifié  ».

Alors que la Fédération avait débuté des travaux avec le ministère de la Santé pour améliorer l'accessibilité aux soins spécialisés, le ministre de la Santé dépose, le projet de loi no 20. Celui-ci vise à imposer des sanctions aux médecins qui n'atteignent pas certaines cibles d'accessibilité aux soins. Dès janvier 2015, la FMSQ met en ondes de nouvelles capsules publicitaires «  À vouloir tout réécrire  », illustrant les problèmes récurrents du système de santé qui limitent le travail des médecins spécialistes.

Lors des consultations sur le projet de loi n° 20, la FMSQ marque le début d'un autre conflit ouvert entre le ministre de la Santé et son ancienne Fédération. Lors des échanges, le ton monte et donne lieu à une partie de bras de fer entre le ministre et Diane Francœur, déterminée à démontrer l'inutilité de ce projet de loi, exigeant du ministre qu'il garantisse aux médecins spécialistes l'accès aux ressources appropriées à la dispensation des soins. Elle réitère le fait que le projet de loi no 20 met de côté la négociation et le partenariat avec les médecins spécialistes et adopte une approche coercitive par l'imposition d'obligations unilatérales, de quotas et de pénalités. Dre Francoeur signale également que le ministre souhaite imposer, unilatéralement et à sa seule discrétion, des modifications aux ententes valablement conclues entre l'État et les médecins et que de tels pouvoirs sont excessifs, dangereux et doivent être retirés.

Après des mois de négociations, l'Assemblée des délégués de la FMSQ entérine l'entente de principe survenue avec le ministère et portant sur les quatre mesures d'accessibilité ciblées dans le projet de loi no 20. Une fois de plus, Dre Francœur obtient un vote fort ; les délégués sont derrière elle.

Le mandat de la présidente se poursuit. La négociation a occupé beaucoup de place dans l'agenda de la présidente depuis son arrivée en poste, Dre Francoeur s'assure de ne délaisser aucun dossier. En outre, la présidente accorde une grande importance au développement professionnel continu et à l'avancement des connaissances. Les instances donneront leur aval à un imposant projet de développement d'une plateforme d'apprentissage en ligne. Une entrée dans le 21e siècle !

À l'aube de son cinquantième anniversaire, le 20 mars 2015, l'Assemblée des délégués a élu sans opposition et pour la première fois de son histoire une femme à la tête de la FMSQ pour un mandat formel de deux ans. Dre Diane Francœur, qui signe «  Fièrement vôtre  », amorce ce cinquantenaire avec détermination.