À quoi sert VRAIMENT l'INESSS ?

Diane Francœur, M.D.
L'auteure est présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

 

Lettre d'opinion publiée le 15 décembre 2017 dans ProfessionSanté.ca

 

À quoi sert VRAIMENT l'INESSS ?

Après avoir lu l'article de Mathieu Ste-Marie intitulé « Pratique : À quoi sert l'INESSS ? », je pense utile de donner mon point de vue sur cette organisation et son rôle.

L'Institut est en phase de changement majeur en ce qui a trait à son mode de consultation et les mesures qui ont été prises commencent à donner des résultats. Son mode de gouvernance a également été revu. Oui, la  Fédération des médecins spécialistes du Québec, un syndicat, travaille avec l'INESSS, mais que le président de l'AMQ, Dr Hugo Viens, se rassure : la participation souhaitée et active de nos membres se fait dans les règles de l'art. Dr Viens ne semble pas au courant, mais chaque fois que l'INESSS sollicite la collaboration des experts en médecine spécialisée, une demande est envoyée aux associations médicales affiliées à la FMSQ afin de recenser les experts reconnus par leurs pairs comme des leaders dans le domaine en question. D'ailleurs, ces médecins spécialistes présentent régulièrement de nouvelles normes lors de leur assemblée annuelle.

Depuis mon arrivée à la Fédération, nous avons redéfini l'utilisation des heures affectées à notre participation aux travaux de l'INESSS, et ce, justement dans un objectif de transparence et afin de nous assurer d'obtenir des « livrables ». Dans les devis qui s'y rattachent, le nombre des heures prévues est clairement établi en tenant compte de l'ampleur du mandat. Chaque année, la FMSQ paie près de 8 000 heures aux médecins spécialistes experts pour leur travail dans des dossiers que l'INESSS considère comme des « problèmes de terrain » ou comme des changements en matière de pratique médicale. Les médecins spécialistes sont par ailleurs tenus de signer une divulgation pour éviter tout conflit d'intérêts.

Des réussites qui garantissent de meilleurs soins aux patients !

Dans le cadre des travaux de l'INESSS, l'un des dossiers les plus éloquents est sans contredit celui des changements de pratique en cardiologie, notamment grâce à la collaboration exemplaire du Réseau québécois de cardiologie tertiaire (RQCT) et l'attitude positive des cardiologues consentant à revoir leur façon de pratiquer. Les résultats sont probants : diminution du taux de morbidité avec l'implantation valvulaire aortique par cathéter (TAVI), diminution du temps d'attente grâce à une meilleure sélection des patients ciblés. Son étude sur le sujet a fait connaître l'INESSS au Congrès canadien sur la santé cardiovasculaire (CCSC) en 2017. Voilà une éloquente démonstration de la qualité et de la pertinence de notre collaboration, et la direction que nous voulons prendre.1

La route a été longue, mais depuis que l'INESSS a accès à la base de données MED-ÉCHO, les actions reposent directement sur la pratique réelle et non selon la perception qu'en ont les médias. De plus, nous travaillons avec l'INESSS pour tirer des directives émises des modules d'autoapprentissage de section 1 ou 3 offerts gratuitement aux médecins spécialistes sur MÉDUSE, notre plateforme d'apprentissage en ligne. Voilà une façon concrète d'évaluer la qualité et la performance de certains profils de pratique, une évaluation qui se fait en toute transparence par notre syndicat puisque l'excellence de la pratique médicale est au cœur de la médecine spécialisée.

Certes, l'INESSS n'est pas parfait ! Les délais, généralement attribuables aux limites fixées en matière de budget et de ressources professionnelles, sont un peu longs. Cela dit, cette nouvelle vision de la collaboration INESSS-FMSQ est une bouffée de fraîcheur dans la grisaille de la réforme Barrette. Elle se fait en toute transparence, tranquillement, mais sûrement, et dans le respect des champs de compétences de chacun.