Réaction à l'article « Les médecins demandent le droit de refuser sans rediriger »

Version transmise le 29 janvier 2016

On le sait, le dossier de l'aide médicale à mourir interpelle les médecins, comme l'ensemble de la population. Le Québec a fait avancer ce débat en adoptant une loi et des règles, mais le reste du Canada discute encore. L'article de la journaliste Hélène Buzzetti publié dans Le Devoir le 28 janvier 2016 en est un exemple patent, mais troublant.

D'abord, on peut s'interroger sur la méthodologie utilisée par l'Association médicale canadienne (AMC) pour prendre position dans ce dossier. Sa consultation auprès de ses membres a résulté en 1 000 répondants sur les 4 000 médecins invités à participer à un sondage pancanadien; l'AMC dit regrouper 82 000 membres. L'extrapolation faite par l'organisme soulève certainement des questions d'interprétation des résultats. Une offre de services ou un ajout de soins ne peut se concrétiser sur la foi de telles statistiques.

Au Québec, l'article 31 de la Loi est clair : si un médecin refuse de répondre à un patient désireux (et admissible) d'avoir recours à l'aide médicale à mourir, il doit en aviser le directeur général de l'établissement ou toute autre personne qu'il désigne. Ce sont eux qui devront trouver un autre médecin qui acceptera de traiter la demande. Cette disposition de la Loi est claire et elle a le mérite de respecter tant le patient que le médecin. Ce dernier a cependant l'obligation d'aviser.

Soyons clairs : les médecins ont parfaitement le droit d'avoir des valeurs morales. Cependant, nos valeurs individuelles ne doivent en aucun cas avoir préséance sur nos obligations déontologiques en tant que professionnels de la santé. Autrement, on assisterait à des jugements arbitraires et contraires à nos responsabilités de soignants. Pensons simplement à un médecin qui refuserait de traiter un patient homosexuel, un patient d'une autre religion que la sienne, d'une autre couleur. Pensons à un médecin qui refuserait de donner la pilule contraceptive à une fille mineure parce que cela va à l'encontre de ses principes, de ses valeurs morales. Nouveau défi ? Non. Même type d'enjeu qu'en matière d'avortement.

Les patients qui auront dorénavant accès à cette option de fin de vie s'attendront à ce que, nous, médecins, ne leur fassions pas subir nos valeurs personnelles, mais que nous respections leur choix légitime.