Médecine spécialisée 2.0

Le Web 2.0 déferle sur la santé

L'arrivée d'Internet avait déjà bouleversé la façon de consommer l'information, mais l'avènement de l'Internet social, communément appelé le Web 2.0, a définitivement changé le rapport avec celle-ci. Avec la multiplication des plateformes collaboratives et des appareils mobiles intelligents, les gens ne se contentent plus d'être des spectateurs passifs de l'information; ils la questionnent, ils la commentent, ils la créent.

La popularité du Web 2.0 augmente sans cesse auprès de toutes les tranches d'âge et dans tous les milieux, incluant celui de la médecine. Tandis que les médecins participent à des communautés de pratique, diffusent leurs connaissances ou s'informent sur les avancées du monde médical, les patients scrutent le Web, conversent entre eux, posent leurs questions sur des forums de discussion. Le Web 2.0 a définitivement changé la façon de travailler et de se divertir, apportant aussi son lot de changements pour les médecins et leurs patients.

 

Portrait du Web 2.0

L'histoire du Web 2.0 débute en 1995, mais celui‑ci a véritablement pris son envol au milieu des années 2000 avec l'arrivée de gros joueurs comme MySpace (2003), Facebook (2004), YouTube (2005) et Twitter (2006). Plus récemment, les téléphones intelligents et les tablettes se sont ajoutés à l'équation, accélérant encore davantage l'émergence des médias sociaux.

Les jeunes de la génération Y (18‑34 ans) demeurent, encore aujourd'hui, les plus branchés, mais c'est maintenant une majorité de la population qui utilise régulièrement les médias sociaux. Selon l'enquête NetTend@nces 2011 du CEFRIO, au Québec, 73 % des internautes, soit 59 % des adultes, sont des utilisateurs réguliers (au moins une fois par mois) de ces médias en ligne. « Bien que les activités sur les médias sociaux diminuent avec l'âge, il n'en demeure pas moins que ce sont deux internautes québécois sur trois qui réalisent au moins une activité sur les médias sociaux entre 45 à 54 ans (69 %), un peu plus de la moitié chez les 55 à 64 ans (55 %) et plus du tiers chez les 65 ans et plus (39 %). »
 
Le domaine de la santé n'échappe pas à ce phénomène. Le nombre de médecins branchés à la Toile augmente sans cesse. Les médias sociaux les plus connus répondent en grande partie aux intérêts généraux des médecins, mais il existe des sites qui ont été créés spécifiquement pour ceux‑ci et pour leurs patients. Chaque média social a été développé en fonction de publics cibles plus ou moins précis et vise à répondre à divers besoins : socialiser, développer un réseau professionnel, s'associer, etc.
 
Même si la plupart des gens ne se questionnent pas d'emblée sur l'utilisation qu'ils feront des médias sociaux, en tant que médecin, cette réflexion en amont peut faire une réelle différence. Quels sont mes besoins? Ai‑je envie d'y être présent à titre personnel, professionnel ou les deux? Avec qui ai‑je envie de converser ou, à l'inverse, y a‑t‑il des publics que je ne souhaite pas rencontrer en ligne? De combien de temps est‑ce que je dispose chaque jour/semaine pour l'utilisation des médias sociaux et avec quel appareil vais‑je alimenter mes comptes ? Certains sites demandent une présence plus assidue ou de l'équipement un peu plus élaboré. Une bonne connaissance des besoins et des sites existants en ligne permet d'éviter bien des tracas !
 

Twitter ? 140 caractères et 2 codes pour commencer…

Bien que Twitter ne soit pas simple d'utilisation pour le néophyte, il permet néanmoins de réaliser un nombre important de découvertes et d'échanger avec des gens du domaine de la santé de partout dans le monde. Twitter, dans son fonctionnement, utilise deux symboles principaux qui permettent de se retrouver parmi le flot continu d'informations : le @, qui désigne le nom de la personne à qui l'on s'adresse, et le #, ou mot-clic (hashtag), qui permet d'identifier le thème d'une conversation brève (140 caractères maximum) et ainsi de suivre le fil de celle-ci.

Des mots-clics rassembleurs

Plusieurs communautés de gens qui partagent un intérêt commun se créent des rendez‑vous virtuels hebdomadaires à l'aide de mots‑clics (#). C'est le cas du #HCSMCA (Health Care Social Media Canada) où diverses personnes ayant un intérêt pour les médias sociaux en santé (médecins, patients, consultants en TI, responsables des communications, administrateurs en santé, infirmières, etc.) échangent sur des thématiques proposées par des membres de la communauté. Le Québec y est très bien représenté ! Ces rendez‑vous sont l'occasion de partager des connaissances, d'explorer les nouvelles avenues, de discuter des enjeux, toujours dans un esprit de collaboration. Les transcriptions des conversations et plus d'informations sur la communauté #HCSMCA sont disponibles en ligne : http ://bit.ly/o4Knxb.

Il arrive aussi que des mots‑clics soient créés ponctuellement pour suivre le déroulement d'un événement en particulier. Par exemple, le #JASP2011 pour les Journées annuelles de santé publique 2011 qui ont eu lieu à la fin novembre ou le #RSNA2011 pour le congrès de la Radiology Society of North America (27 novembre au 2 décembre 2011).

Être ou ne pas être…

Les médias sociaux n'intéressent pas tout le monde, mais il faut savoir qu'une personne peut y être, parfois malgré elle. Ces médias sont alimentés 24 heures par jour, 7 jours par semaine. Ce sont les amis, la famille, les collègues et, dans le cas de la santé, les patients qui les utilisent, mais malheureusement, pas toujours avec discernement ! Les médecins devraient faire un test en tapant leur nom sur Google. Il serait étonnant que celui‑ci ne circule pas déjà. Les patients discutent de leur médecin, les évaluent, formulent des plaintes, mais aussi des félicitations. La différence d'une présence en ligne ou non, c'est que si l'on n'y est pas, on ne participe pas à la conversation qui s'y déroule sur soi. Par ailleurs, dans les médias sociaux, l'usurpation d'identité n'est pas monnaie courante, mais elle peut survenir. Même si une personne ne compte pas faire un usage régulier de ces sites, il est de plus en plus recommandé d'y « réserver » son nom (ex. : Facebook, Twitter, LinkedIn) afin d'éviter que d'autres se fassent passer pour elle. Un médecin peut vérifier sur les sites d'évaluation de médecins comme www.rateyourdoctor.com et www.ratemds.com si quelqu'un a utilisé son nom. Si tel est le cas, il faut s'assurer de « réclamer » son profil (généralement en envoyant une demande au webmestre du site) et d'y ajouter minimalement une petite biographie ainsi que des coordonnées exactes !

Ce texte a été tiré du magazine Le Spécialiste, édition décembre 2011.