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Grands noms de la médecine au Québec

De la suite dans les idées

« Pourquoi ma meilleure amie est-elle pauvre et vit-elle dans des conditions aussi difficiles ? » Telles furent les premières grandes constatations de la jeune Christine Colin qui, dans son enfance à Nancy, découvrait l'étendue des inégalités sociales. Ce douloureux constat se traduira par la volonté de trouver une explication et une solution pour contrer les effets négatifs liés aux différences sociales.

Élève très douée en sciences, elle reçoit, un jour, un prix pour souligner son rendement scolaire, le livre Les grands hommes de la médecine de Ruth Fox Hume, qui la fascine. Elle comprend que c'est par la voie de la médecine qu'elle pourra un jour aider les gens, et c'est le côté clinique qui la séduit. Cependant, durant ses études, et avec la rencontre de professeurs qui l'ont marquée, elle réalise qu'on peut aisément réparer un bras cassé, mais si on peut éviter cette cassure avant qu'elle ne survienne, ce sera mieux tant pour la ersonne que pour la société. C'est ainsi qu'elle opte pour une carrière en santé publique, regroupant les volets de prévention et la lutte aux inégalités de santé.

Elle obtient son diplôme médical en France; sa thèse de médecine porte sur l'épidémiologie des nouveau-nés provenant de milieux défavorisés. À l'étude approfondie des dossiers médicaux des patients, elle a remarqué l'incidence de certaines problématiques liées directement au milieu de vie telles que le taux de prématurité, les retards de croissance et le faible poids chez ces nouveau-nés en plus des problématiques de santé trouvées chez les mères. Cette thèse lui donne le goût d'approfondir la question. C'est alors qu'on lui propose de poursuivre sa formation au Québec. Elle découvre l'amour du Québec et… d'un Québécois avec qui elle aura deux enfants.

Depuis 1985, Dre Colin a oeuvré comme médecin spécialiste en santé communautaire, chef de service, directrice du département de santé communautaire tout en étant professeure (clinique, agrégée puis titulaire). Elle est devenue la première doyenne de la Faculté des sciences infirmières (Université de Montréal) à ne pas posséder le titre d'infirmière. Elle a publié et produit de nombreux programmes de prévention dont Naître égaux – Grandir en santé et Le défi de l'intervention prénatale en milieu défavorisé.

Dre Colin dit ne jamais avoir eu de plan de carrière. « Je savais que je voulais travailler à identifier les besoins de santé des populations défavorisées et mettre en place des programmes de prévention pour répondre à ces besoins. » Dre Colin met tout en oeuvre pour faire avancer la cause des inégalités sociales : développement de plans stratégiques, prises de position et présentations de mémoires devant les comités parlementaires. Elle profite de toutes les tribunes pour défendre ses idées et ses convictions. Reconnue pour son expertise, elle est choisie au poste de sous-ministre adjointe à la santé publique et directrice générale de la santé publique (MSSS) en 1993, un poste qui l'oblige cependant à vivre séparée de sa famille. Elle est convaincue que ce poste l'aidera à faire avancer les dossiers de santé publique. Mais le contexte politique est difficile; le Québec est dans une période de grandes compressions budgétaires et de réformes majeures.

De son passage au ministère, Dre Colin conserve un bon souvenir des grands projets auxquels elle a intensément contribué. Elle est particulièrement fière de la production des premières priorités nationales de santé publique (1997-2002), au terme d'une grande concertation avec les acteurs du milieu. Elle est également heureuse d'avoir participé à la création de l'Institut national de santé publique du Québec et au début d'une redistribution des ressources financières régionales.

De retour à Montréal, Dre Colin devient directrice du Secrétariat à l'adoption internationale, un poste idoine pour celle qui avait représenté le Québec lors de plusieurs missions à l'étranger depuis des années. Depuis 2010, elle dirige le Centre de promotion de la santé au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, un projet novateur et intégrateur pour tous les intervenants qui ont les enfants à coeur. Dre Colin est actuellement en sabbatique universitaire : un congé de ressourcement professionnel, pas de repos, loin de là, car elle conserve ses obligations hospitalières et tous ses engagements internationaux. Et ces derniers l'occupent déjà à plein temps !

S'il fallait résumer la carrière de Dre Colin, on pourrait certes dire qu'elle est un médecin totalement engagé dans sa pratique professionnelle, une visionnaire qui sait intégrer tous les champs d'action de la santé publique tant au niveau de la gestion, de la planification et de la pratique que de l'organisation terrain. Pas étonnant qu'elle ait été décorée de nombreux prix et reconnaissances pour cette carrière exceptionnelle. Ainsi, Dre Christine Colin est devenue, en juin 2010, Chevalière de l'Ordre national du Québec, la plus haute distinction donnée par le gouvernement du Québec.