L'accès aux soins passe par l'accès aux médecins

L'accès aux soins passe par l'accès aux médecins

Lors d'une conférence tenue hier à Montréal, Philippe Couillard y est allé d'une série de commentaires plutôt étonnants pour quelqu'un qui a occupé le poste de ministre de la Santé et des Services sociaux de 2003 à 2008. Des propos qui méritent une réaction.

Concernant d'abord les omnipraticiens. Je l'ai déjà dit, et je le répète, il y a des médecins de famille qui travaillent très fort au Québec, et il y en a beaucoup. Cependant, chiffres du MSSS et de la RAMQ à l'appui, il appert qu'une trop grande proportion ne travaille qu'à temps partiel. Une première explication aux problèmes d'accessibilité aux soins. Parlez-en à tous les patients et aux parents d'enfants qui doivent se tourner vers les urgences les soirs et les fins de semaine : une chaîne de pharmacies a d'ailleurs fait une publicité télévisée éloquente à ce propos.

Lorsque Philippe Couillard parle de réduire la taille du ministère de la Santé, il faut aussi se pincer. Rappelons que le Parti libéral du Québec, dont il était le candidat vedette en 2003, souhaitait abolir les régies régionales. Or, que s'est-il passé sitôt arrivé en poste? Exactement le contraire… en maintenant la structure intacte, en ne changeant que le nom des régies pour celui d'agences ! Et qu'a-t-il fait pour diminuer la taille du ministère de la Santé et des Services sociaux?? ?

Parlant toujours d'accessibilité aux soins, rappelons que, sous la gouverne de l'ex-ministre Couillard, le temps d'attente dans les urgences et pour les chirurgies ne s'est pas amélioré, bien au contraire, lui qui disait pourtant en faire sa priorité lors de la campagne électorale de 2003. Et que dire de la saga du nouveau CHUM, ressource tant attendue dans le réseau, qui a connu son apogée avec l'entêtement de l'ex-ministre de le construire au centre-ville. Il finira par aboutir en 2018-2019 à un coût qui dépassera les deux milliards de dollars et sa capacité sera réduite par rapport au CHUM actuel !

Il est intéressant de constater qu'il est plus facile de commenter la situation du système de santé quand on est consultant pour une firme privée en santé que d'agir lorsqu'on est à la barre de ce ministère.

 

Gaétan Barrette, M.D.
L'auteur est président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.