La honte du Dre Audelin

Réaction à la lettre de Dre Audelin publiée dans l'édition de La Presse du 24 février 2011

 

Chère docteure,

La présente fait suite à votre lettre que vous avez choisi de m'adresser par la voie des journaux (La Presse, 24 février). Je vous concède une chose : nous ne sommes pas de la même génération. Je l'ai dit à plusieurs reprises dans divers médias, nous vivons aussi en médecine un choc purement générationnel. C'est un fait. À mon tour de vous citer : que « la féminisation de la main-d'oeuvre est une réalité »; « qu'elles « choisissent… l'équilibre entre le travail et la famille »; vous constatez « leur nombre d'heures de travail réduit »; que « cette réalité est aussi à [la] porte de la médecine spécialisée »; et finalement, vous déplorez que cela ne soit pas encore possible dans des spécialités comme la vôtre. Intéressant !

Encore cette semaine, mon homologue de la FMOQ affirmait le contraire : les hommes et les femmes travaillent aussi fort, les médecins de famille autant que les spécialistes. Et, de son côté, le ministre Bolduc disait lui-même, en point de presse le 17 février dernier, que les médecins spécialistes travaillent plus que nécessaire. Au moins, vous confirmez mes propos.

Oui ! Le choix de concilier le travail avec la famille est un choix légitime. Il a aussi de sérieuses
conséquences sur la quantité de services publics offerts à la population.

Je vous invite à mettre les choses en perspective. Cela fait 18 mois que l'organisation qui représente nos collègues médecins de famille inonde la société québécoise du constat qu'il en manque. La cause invoquée ? Un écart de 55 % dans la rémunération entre eux et nous. Or, statistiques à l'appui, cet écart trouve sa source là où vous l'avez vous-même exprimé clairement dans votre lettre : les heures de travail.

Parmi les gens qui liront ces lignes se trouveront des centaines de femmes – et d'hommes – de plus de 50 ans qui auraient voulu concilier leur travail avec leur famille; d'autres, dans la trentaine, qui y arrivent tant bien que mal. Des professeurs, infirmières, commis, employées de bureau, avocates, etc. Mais absolument personne n'aura réussi – ou même probablement osé demander – à être payé à temps plein pour du travail fait à temps partiel. C'est pourtant ce que demande cette organisation.

J'ai choisi de m'exprimer parce que, à la base, en tant que médecin, je trouve la manoeuvre inacceptable. S'il doit y avoir une bataille de l'opinion publique, les médecins, de par leur statut, doivent la gagner par la vérité et non par un quelconque maquillage. C'est plus honorable me semble-t-il.

Par exemple, la FMSQ et la majorité de ses membres demandent à recevoir une rémunération
concurrentielle à celle de leurs collègues du Canada, rien de plus, mais exigent aussi d'avoir les moyens de servir la population adéquatement. La FMSQ s'intéresse à la productivité, car dans bien des secteurs, nous l'avons dit et redit, nous sommes prêts à en faire plus. Pas le même discours, n'est-ce pas ?

Tabou et rectitude politique sont du même registre. Faut-il avoir honte (ou faire honte) si on ose en parler ?

Ici, c'est pour moi une question de principe.

 

Gaétan Barrette, M.D.
L'auteur est président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.