Pourquoi tuer le messager ?

Réaction au point de vue de Mme Caroline Paquet intitulé « Pas une simple méthode de conception » publié dans l'édition du journal Le Soleil du 21 juillet 2010


C'est avec étonnement que j'ai pris connaissance de vos propos publiés dans Le Soleil le 21 juillet dernier. Voilà pourquoi je souhaite rectifier les faits. En premier lieu, le ministre de la Santé a candidement avoué que sa décision était politique et guidée par le désir de concrétiser rapidement cet engament électoral. Et, oui, il y a eu pressions intenses exercées par un lobby pour que soit mis en place ce programme qui couvre d'ailleurs beaucoup plus large que la seule problématique de l'infertilité.

Mes collègues de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, de l'Association des pédiatres du Québec et moi-même avons indiqué que nous n'étions pas contre la création de ce programme puisque l'infertilité est effectivement une pathologie réelle et reconnue. Cependant, par souci professionnel (et non syndical), nous avons clairement exprimé nos craintes quant à l'improvisation totale dont le gouvernement fait preuve dans ce dossier. Nous avons tenu à rappeler que les ressources, qui font actuellement grandement défaut en néonatalogie et en pédiatrie, ne seraient pas au rendez-vous pour faire face à l'entrée en vigueur de ce nouveau programme public. Nous avons dénoncé le fait que ce programme générerait des attentes démesurées qui ne pourraient être comblées dans l'état actuel des choses avec, comme principale résultante, de créer une liste d'attente pour les patientes en attente de traitements de fertilité. Nous avons aussi insisté sur le fait que subsistent de nombreuses zones grises dans la loi et les règlements, notamment en ce qui a trait à la priorisation des cas.

Tuer le messager parce qu'on n'aime pas le message ne change pas la réalité des choses. Il nous semblait important d'intervenir afin que la population puisse avoir l'heure juste puisqu'en matière de soins médicaux, le jovialisme, l'émotion et l'improvisation n'ont tout simplement pas leur place.

 

Gaétan Barrette, M.D.
L'auteur est président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec