1- En milieu familial, les situations et les circonstances d’abus dont sont victimes les personnes âgées sont très variables. La littérature rapporte un taux global d’exploitation d’environ 4%, se répartissant le plus souvent de la façon suivante : de la situation la plus fréquente à la moins fréquente,
En milieu institutionnel, les types d’exploitations les plus fréquemment rencontrés sont l’abus verbal et psychologique et la négation des droits à la dignité, à la vie privée et à la confidentialité. Les personnes âgées sont trop souvent infantilisées. Le personnel s’adresse à elles comme si elles étaient des enfants, négligent de leur demander leur opinion, les oblige à respecter une routine de vie sans tenir compte de leurs besoins individuels etc.
Dans les ressources d’hébergement privées, l’exploitation financière et l’abus par négligence figurent probablement au haut de la liste, quoique l’on rencontre tous les types d’exploitation de la personne âgée. La situation la plus fréquemment rencontrée, selon notre expérience, est celle où une ressource d’hébergement accepte de prendre en charge une personne âgée, alors qu’elle ne possède pas les ressources nécessaires pour assumer tous les soins requis par cette dernière.
2- Les facteurs de risques d’exploitation se situent à deux niveaux : les caractéristiques de la victime d’une part et celles de l’abuseur, d’autre part.
Caractéristiques de la victime :
Les caractéristiques suivantes sont rapportées de façon consistante dans la littérature médicale : pauvre état de santé physique ou mental, dépression, comportements perturbateurs, des antécédents de violence et d’abus de la victime envers son abuseur, degré de dépendance et d’atteinte fonctionnelle. Les caractéristiques suivantes sont citées de façon moins consistante : le sexe (généralement féminin), l’âge, le groupe ethnique, l’isolement, le revenu (faible), le degré d’atteinte cognitive, les signes physiques d’abus ou de négligence.
Caractéristiques de l’abuseur :
Selon de nombreux auteurs, le risque d’abus est mieux corrélé avec les caractéristiques de l’abuseur que celles de la victime. Les caractéristiques les plus fréquemment rapportées chez l’abuseur sont : la présence de psychopathologie (incluant la dépression, les troubles de personnalité, l’abus d’alcool ou de drogues, le dysfonctionnement social), une impression de fardeau élevé, l’isolement social et une mauvaise compréhension de l’état de santé de la victime et des soins requis.
Selon la littérature, l’isolement social de la victime n’est pas facteur de risque rapporté de façon consistante. En fait, le fait de vivre avec quelqu’un augmente le risque d’abus. Cependant, l’isolement et les difficultés de communication de la victime, limitent ses chances de se sortir de la situation d’exploitation et fort probablement diminue le taux de détection de l’abus.
3- Dans notre système de santé actuel, trop souvent, les personnes qui reçoivent le plus, sont celles qui peuvent exprimer leurs besoins, leurs droits, souvent "haut et fort".
Les personnes âgées vulnérables, mal informées, sans moyen, peuvent être laissé pour compte. Elles recevront le minimum, mais trop souvent, pas l’optimal. Ceci s’explique en partie par la surcharge de travail du personnel dans les institutions de santé incluant les hôpitaux et les CLSC, par le phénomène des listes d’attente, par les coupures budgétaires etc.
Le risque est de glisser vers un système qui voudra restreindre certains soins en fonction de l’âge seulement, au risque de faire de l’agéisme, négligeant d’offrir des soins bénéfiques à une "clientèle devenue non productive." Les décideurs et gestionnaires qui prennent et prendront de telles orientations, agissent – ils indûment, ou agissent-ils sous l’effet de préjugés, de connaissances insuffisantes ou erronées?
4- La
première question à se poser devant une victime qui choisit de
ne pas dénoncer la situation, est de savoir si la personne est apte à
refuser une intervention. L’approche sera très différente si la
personne est apte vs si elle est inapte, nécessitant par le fait même
une protection supplémentaire. De même qu’il ne viendrait jamais
à l’idée d’aucun intervenant d’agir contre la volonté d’une
jeune femme violentée, l’on ne peut forcer une personne âgée
apte à dénoncer une situation d’exploitation dont-elle est victime.
Il s’agit d’une question de respect de l’autonomie. Un modèle de concertation
systémique devra tenir compte de cette donnée.
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Oui
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Non |
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Les gériatres sont habiletés à évaluer l’aptitude et devraient être consultés lors de situations difficiles.
Par ailleurs, les différents services d’évaluation gériatrique, multidisciplinaires (UCDG, hôpitaux de jour, cliniques, etc.) contribuent déjà à la détection de cas d’abus de toutes sortes et devraient être intégrées à un modèle systématisé, en collaboration avec les différentes ressources communautaires.
6- La détection doit passer par la première ligne. Les intervenants des CLSC et les médecins de famille sont les mieux placés pour faire le dépistage de cas d’exploitation de toute sorte.
Pour que cette stratégie soit efficace, ces intervenants doivent recevoir une formation adéquate.
Tout intervenant engagé dans un CLSC devrait recevoir à son embauche, de la formation et il doit y avoir à l’intérieur du CLSC des mécanismes pour permettre à ces intervenants de transmettre leurs observations ou doutes.
Dans les écoles de médecine, cela devrait faire partie du curriculum obligatoire. Les médecins résidents en médecine familiale doivent recevoir une formation plus approfondie. Ils doivent se sentir à l’aise d’aborder ces questions sur une base routinière.
Par ailleurs, des méga campagnes publicitaires sont nécessaires pour sensibiliser l’ensemble de la population.
Lorsqu’un cas d’abus est suspecté, il peut s’avérer utile de référer à une équipe multidisciplinaire. Les équipes des CLSC ou les équipes multidisciplinaires d’évaluation gériatrique en externe ou en milieu hospitalier pourraient être consulté.
7- Une agence centrale, avec des représentants régionaux dans l’ensemble de la province devrait être développée.
Elle aurait pour rôle :
8- À notre avis, le scénario idéal pour contrer l’exploitation des personnes âgées pourrait ressembler à celui-ci :
Lorsque les intervenants de l’agence reçoivent l’appel d’une victime, ils l’informent de ces droits et l’assistent dans ses futures démarches. Ils peuvent, si la victime accepte la référer à un(e) travailleur (se) social(e) du CLSC qui assurera le suivi et à son médecin de famille ou à un médecin du CLSC. Ils pourront l’assister à dénoncer l’abuseur aux autorités policières, s’il y a lieu ou à la commission des droits de la personne.
Lorsque les intervenants de
cette agence reçoivent l’appel de tout individu témoin d’une situation
d’exploitation, ils doivent juger de l’urgence de la situation. Ils doit leur
être permis de signaler de façon nominale, le cas, à l’intervenant
de première ligne qu’ils jugent le plus approprié. Pour ce faire
l’agence devait avoir accès à des renseignements confidentiels
tels : nom de l’intervenant - pivot du CLSC s’il y a lieu, nom du médecin
traitant etc. Si la situation nécessite une hospitalisation, les unités
de courte durée gériatriques sont sans doute une ressource utile,
en raison de la présence d’intervenants sensibilisés à
la problématique et à cause de l’approche interdisciplinaire.
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