MÉMOIRE
présenté par
l’ASSOCIATION DES MÉDECINS GÉRIATRES DU QUÉBEC
dans le cadre de la
Commission d'étude sur les services
de santé
et les services sociaux du Québec
Table des matières
Page
Préambule 3
Introduction 4
Besoins de la clientèle âgée 7
Reconnaissance positive de la place des personnes âgéesÀ la base des services 8
Reconnaissance de la nécessité gériatrique
Besoins de formationL’organisation des services 9
Des milieux de la santé à tous professionnels
Spécialistes en pénurie: les gériatres
Besoins d'évaluation spécifiques
Intégrer les différentes structures d'interventions
Développer la couverture quotidienne des soins
Conclusion 13
Résumé des propositions
14
Annexe 1: Plan des effectifs médicaux
des gériatres
Perspectives nouvelles pour répondre à
des besoins nouveaux.
Préambule
L’Association des médecins gériatres du Québec remercie la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux du Québec de son invitation à lui soumettre ses opinions et recommandations.
L’Association des médecins gériatres du Québec réunit les médecins spécialistes reconnus par le Collège des médecins du Québec inscrits à la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Le certificat de spécialiste gériatre est accordé au Québec depuis 1987. Il reconnaît les médecins ayant une formation post-doctorale de 5 ans issue de la médecine interne, touchant tous les aspects médicaux, neuropsychiatriques et organisationnels des soins du grand âge.
Le présent document se veut court et ciblé sur certains aspects que nous croyons essentiels dans l’importante réflexion qu’approfondit maintenant la Commission. Il se consacre exclusivement aux soins aux personnes âgées. Soucieux d’une approche client, il aborde les incontournables déterminants que sont les besoins de la clientèle, la gamme des services, l’organisation des services et le financement. Il se limite aux éléments qui nous apparaissent passer inaperçus ou peu valorisés malgré leur importance.
Nous proposons ici une perspective que nous croyons différente et voulons complémentaire aux autres mémoires auxquels la Commission sera confrontée.
Notre spécialité étant
nouvelle, peu connue encore de nos confrères médecins et
du réseau en général, nous proposons, en annexe 1,
le plan d’effectif des gériatres du Québec: Perspectives
nouvelles pour répondre à des besoins nouveaux. Il présente
autant l’historique, la formation de la spécialité que les
impératifs raisonnables pour répondre aux besoins de la population
québécoise tout en faisant le lien avec la situation mondiale
et scientifique qui sous-tend l’urgence de son développement.
Introduction
Le vieillissement de la population est un phénomène mondial résultant de multiples progrès dans l’organisation sociale et sanitaire de nos pays développés. Nous récoltons actuellement le fruit de nos bienveillantes interventions. Et toutes ces améliorations engendrent, pour nos états, une situation souvent présentée sur fond noir: le fardeau social que représentent les personnes âgées, l’épidémie de la démence, l’inévitable dépendance et perte d’autonomie, etc.
Résultat de la peur ou du refus du progrès, le souci de nos objectifs financiers immédiats ou la crainte du futur inconnu ? Pourquoi choisir les personnes âgées comme cible de tant de projection négative alors qu’elles sont la démonstration vivante du souci que nous avons tous porté à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie de nos concitoyens. Elles sont le fruit de la médecine préventive, de l’hygiène, de la nutrition, du support social, des politiques d’emploi et de tout ce qui marque l’altruisme et l’organisation sociale et politique supérieure. Il serait incongru d’en faire maintenant les victimes presque coupables de tous nos maux.
Nous ne rappellerons pas toutes les statistiques dont tous nos organismes disposent mais soulignerons quelques notions qu'elles démontrent et que nous oublions trop souvent.
Les prévisions conservatrices du début des années 80 face au vieillissement des individus et des populations ont été dépassées : plus grande diminution de la portion jeune de la population et de la natalité, espérance de vie à la naissance et espérance de vie à 65 ans, pourcentage de la population âgée de plus de 85 et 100 ans (10 millions de centenaires en Chine, 1% des populations occidentales). Et la longévité estimée est passée de 100 ans à près de 120 ans.
Les possibilités d’intervention de santé aussi ont progressé plus rapidement qu’anticipé. Les nouvelles connaissances en nutrition appellent des possibilités de suppléments et prévention, des exigences alimentaires de base plus élevées, des soutiens en situation de maladie chronique, etc. qui tous impliquent plus d’interventions de laboratoire et de présences professionnelles. Le développement de l’informatisation de la recherche pharmacologique permet le développement très rapide de nouvelles générations de médicaments mieux ciblés, plus efficaces et de mieux en mieux adaptés aux besoins et variabilités individuels permettant des combinaisons complexes, coûteuses donnant à tous la possibilité d’une thérapeutique. Et tous ces outils de bien-être ont un coût qui ne peut que croître plus vite que prévu.
Le pourcentage de consommation de soins le plus important demeure, comme depuis longtemps, dans la ou les deux dernières années de vie. Avant nous parlions de 60 ans et maintenant nous voyons le même phénomène à 80 ans. Ces coûts de soins de santé sont probablement comparables à ce qu’ils étaient mais s’y ajoutent maintenant d’autres factures.
La diminution du réseau familial, les exigences croissantes du travail et des loisirs, l’isolement social, l’instabilité des couples et nos exigences de sécurité augmentent les besoins et coûts d’hébergement.
L’ensemble des interventions pour conserver notre jeunesse, notre santé, notre autonomie coûtent de plus en plus cher mais sont efficaces. Elles se justifient d'elles-mêmes et repoussent à plus tard l’inéluctable période de maladie et dépendance. Période de vie aussi coûteuse en soins de santé.
Nous avons développé au cours des derniers 30 ans des soins de pointe axés sur des clientèles spécifiques. Il a fallu améliorer la santé des enfants, développer une médecine pédiatrique et des services à l’enfance avec des expertises spécifiques pour chaque domaine professionnel tout en développant des services hospitaliers adaptés à la jeune clientèle. Initialement, la majorité des médecins ne reconnaissaient même pas l’existence de spécificités biologiques et psychologiques à l’enfance: médecine en miniature, plus petit, plus petite dose, etc. Réduction de morbidité, de durée d’hospitalisation et réhospitalisation avec possibilité croissante de soins ambulatoires.
La médecine des femmes a vu cette même progression par la suite. Les grandes disparités entre les services aux femmes et aux hommes se sont atténuées. La reconnaissance de problématique de santé qui leur sont propres, le développement de la gynécologie et de l’obstétrique en médecine et dans les autres professions de la santé ont mis en évidence des solutions nouvelles qui ont permis de réduire l’hospitalisation péripartum et/ou de l’éviter.
Les possibilités d’interventions chirurgicales se multipliant, les expertises professionnelles se sont multipliées, créant la demande pour des techniques et appareillages plus sécuritaires, une anesthésie moins toxique pour retourner la clientèle adulte au travail le plus tôt possible, avec le moins de perte d’autonomie possible. Avec encore une grande réduction des besoins de lits par la suite.
Personne ne doute de l’importance de tous ces professionnels et de ces interventions et la société leur concède un coût. Nous n’avons pas seulement mis en place une multitude de programmes supports lors des épilepsies infantiles, grippes, dépressions, grossesses, etc. mais développé en même temps les soins pour en réduire les conséquences.
Les personnes âgées méritent aussi cette considération dans le développement de nos soins.
La médecine hospitalière s’oriente de plus en plus vers la prise en charge administrative du «problème âgé», espérant le plus possible les orienter rapidement vers l’hébergement et le domicile. L’étape d’un hôpital adapté au diagnostic et soins positifs de la personne âgée reste à venir. Des professionnels encore peu nombreux en médecine, en soins infirmiers, en soins de réadaptation, etc., sont déjà prêts à travailler à ce virage gériatrique aigu. La complexité clinique, la fragilité et l’isolement des personnes âgées impliquent l’orientation vers l’urgence et l’hôpital avec toute sa technologie comme passage obligatoire vers la résolution de problèmes aigus et subaigus pour un grand nombre de personnes âgées. Il ne faut plus nier cette réalité mais se l’approprier pour développer les soins hospitaliers adéquats et de nouveaux services professionnels adéquats.
Si le développement des soins pédiatriques, gynécologiques, mère-enfant et chirurgicaux ont permis de réduire le besoin de lits pour ces clientèles, nous avons oublié qu’elles reviendraient un jour nous présenter une nouvelle réalité. Si nous avions le même nombre de lits hospitaliers qu’en 1980, nous observerions simplement non pas un accroissement de la demande de soins à cause des personnes âgées mais un déplacement des services vers un nouveau groupe-client demandant une adaptation des services. Encore des coûts non planifiés.
Opportunité de progrès d’intervention positive puisqu’en fait les procédés anesthésiques, les interventions chirurgicales et l'intégration des réseaux de soins, des professionnels et des clientèles permettent de ne plus avoir autant recours à nos lits hospitaliers, de valoriser les interventions ambulatoires et au domicile. Mais il ne faut pas forcer à tout prix le déplacement du tout vers le domicile. Le travail non fructueux ne favorise pas une perception positive des services à domicile. Et l’isolement dans les réseaux à domicile et en soins primaires prive déjà les malades d’opportunité de réduction des incapacités. Facile d’être satisfait quand quelqu’un de gentil s’efforce de vous aider à domicile, même si cela perpétue le problème, le rend irréversible et prolonge la période de prise en charge. A quel coût ?
Les milieux hospitaliers et ambulatoires doivent devenir de meilleurs partenaires. L’un comme l’autre intervenant pour réduire le fardeau total pour le réseau et les aidants. L’un comme l’autre réduisant la souffrance et l’incapacité par des services intégrés et adaptés.
Place encore pour une planification positive car plus nous retardons la perte d’autonomie, plus elle apparaît à un grand âge, moins elle ne peut durer longtemps. L’espérance de vie a ses limites.
Place à une intervention professionnelle pertinente car la décision de «non soins curatifs» éclairée avec le patient et la famille devient plus évidente. Potentiel de réduire l’acharnement sous toutes ses formes à la grande satisfaction des clientèles, à l’humanisation des soins de fin de vie et de la mort. Réduction des coûts de la dernière année de vie. Mais pour être «bon», il faut savoir, être compétent, avoir une expertise spécifique à reconnaître la réalité de la situation pour offrir des choix éclairés. Rien de pire que de ne pas traiter une situation qui détériore la qualité de vie et l’autonomie. Peut être aussi inhumain d’offrir des soins curatifs qui éviteront une mort espérée au patient désireux de soins de confort. Et la situation des personnes très âgées est de plus en plus complexe. De plus en plus autonomes mais fragilisées où le retard d’intervention entraîne une morbidité et des coûts énormes.
Nous proposons donc quelques pistes pratiques
dans votre cheminement vers un système de santé québécois
d’avant-garde, tourné vers un avenir qui ne pourra qu’être
gériatrique …
Besoins de la clientèle âgée
Depuis plusieurs années, les personnes âgées soulignent leur inconfort face à la façon dont les intervenants administratifs, politiques et secondairement les médias présentent la relation des aînés aux coûts de santé et la consommation hospitalière. Des effets regrettables peuvent être observés: renforcement du sentiment d’inutilité et de déchéance, évitement du recours aux soins en phase réversible, abandon des interventions planifiées, tolérance de l’intolérable avec demandes croissantes sur les soignants naturels, etc. En réaction, certains patients et surtout certaines familles ayant le sentiment d’avoir réussi «malgré tout» à accéder à des ressources en apparence inaccessibles, maintiennent des demandes irréalistes, exigent un acharnement de support inapproprié où la souffrance affective laisse peu de place au consentement éclairé et à la discussion avec les soignants.
Nous proposons
1- Une campagne positive de relation de la
personne âgée à sa santé et au système
de santé. Elle devrait toucher des aspects éducationnels
de première importance face à la nécessité
d’agir rapidement, d’évaluer et traiter certaines pathologies trop
souvent considérées à tort comme secondaires au vieillissement
autant par les aînés que par les intervenants du réseau
familial, social et de santé.
Les structures d’information existantes tels les Instituts de gériatrie, les CLSC, etc. pourraient être mis à contribution en collaboration avec l’Institut de Santé Publique du Québec.
Les institutions de santé en général véhiculent des messages et des attitudes «gériatriques» qui datent du début des années 80. En ce temps, ni les médecins ni les autres professionnels n’avaient de formation en démence, delirium, réversibilité des pertes d’autonomie par la réduction des incapacités (avant la diffusion de l’interrelation de ces concepts par l’OMS). La perception isolée de l’épisode de soins aigus identifiait la personne âgée à ses pathologies, considérées à tort irréversibles et ne méritant pas d’attention spéciale. Ils valorisaient l’«attentisme», l’observation passive et le choix de l’intervention minimale. Il est clair que plus l’attente est longue plus la perte d’autonomie sera lourde, la réadaptation longue et la réversibilité incertaine. Les institutions doivent être conscientes de leur pouvoir de prévention secondaire de l’incapacité et de la perte d’autonomie.
Nous proposons donc
2- Une campagne positive de reconnaissance
de la nécessité gériatrique faisant la promotion d’une
culture institutionnelle gériatrique progressiste. Elle devrait
cibler la recherche de l’autonomie, le droit aux soins et l’importance
de la reconnaissance éclairée des causes et de leur traitement.
Elle soulignera par contraste cette collaboration par un travail complété
plutôt que la recherche immédiate de la compensation de la
perte par une autre ressource (ex.: centres de réadaptation, CLSC).
À la base des services
À la base de la qualité des services,
il y a la qualité des professionnels. La réduction des budgets
d’enseignement oblige les institutions à faire des choix. La somme
de connaissance et d’expertise à acquérir est immense. Il
ne faudrait pas que soient négligés les contenus spécifiques
aux soins aux personnes âgées. Avant 1990, il n’y avait pratiquement
pas de littérature couvrant les particularités biologiques
et psychologiques des aînés de plus de 80 ans. De nouveaux
contenus devront être introduits dans les curriculum de tous les
professionnels. Les philosophies d’intervention, l’agéisme devront
évoluer pour éviter de perpétuer l’attentisme actuel.
Une formation aux aspects éthiques personnes âgées
de chaque profession devra être exigée. De plus, l’isolement
professionnel actuel entretiendra la coûteuse multidisciplinarité,
la non consultation des autres professionnels potentiellement plus compétents
et l’ignorance des potentiels de soins des autres intervenants essentiels
à l’interdisciplinarité. Par isolement nous signifions l’«inbreeding»
des institutions et groupes professionnels (les infirmières enseignant
aux infirmières à l’écart du vocabulaire médical,
les médecins omnipraticiens enseignant aux omnipraticiens à
l’écart des soins spécialisés de pointe, les internistes
aux internistes à l’écart des besoins du réseau de
soins primaires, etc.).
Nous proposons donc
3- Une collaboration avec le ministère de l’éducation et les instances universitaires et collégiales ainsi que les institutions de santé pour rendre obligatoire une formation gérontologique et gériatrique autant théorique que pratique. Une attention particulière devrait être portée à éviter l’isolement professionnel, aux contenus spécifiques et le déplacement de contenus devenus moins pertinents par ceux liés à la gériatrie.
La gériatrie est une nouvelle spécialité. Mal connue et pénalisée par l’urgence du développement universitaire, elle demeure l’objet de l’agisme et de l’image négative du médecin qui choisit par facilité de s’occuper des personnes âgées. Et pourtant la formation est complexe comme l’exige la pratique auprès d’individus enrichis et individualisés par l’âge. Le vieillissement différentiel rend les généralisations thérapeutiques fragiles. L’exploration même des problématiques physiques, causant les pertes d’autonomie demande une interprétation pondérée par les delirium et la démence. Les gériatres sont les mieux préparés à l’évaluation de ces pathologies en croissance. Comme tous les spécialistes, ils développent les expertises nécessaires à la validation de tous les renseignements qui sous-tendent leur intervention, y compris la technologie la plus récente et dispendieuse qu’est l’interdisciplinarité.
Un nombre croissant de spécialistes
médicaux s’intéressent à la gériatrie et les
instances régionales reconnaissent de plus en plus leur nécessité.
Mais il est difficile de s’impliquer dans une formation post-doctorale
de cinq ans sans savoir les volontés de développement de
postes en gériatrie. Le plan d’effectif des gériatres a fait
l’objet d’un accueil très favorable de la part de la Fédération
des médecins omnipraticiens du Québec, du Collège
des médecins du Québec, etc. La confirmation des intentions
de notre système de santé à ce sujet améliorera
sûrement la situation.
Nous proposons donc
4- Qu’à l’instar d’autres spécialités
et groupes professionnels, la gériatrie soit considérée
comme spécialité en pénurie et en priorité
pour répondre aux besoins immédiats de la population âgée.
La reconnaissance du plan d’effectif gériatrique devrait s’accompagner
de l’annonce des postes protégés à l’échelle
de la province. La modalité de rémunération appropriée
aux interventions gériatriques doit être développée
(ex.: reconnaître les interventions réseaux en support aux
omnipraticiens) et le rattrapage des retards de revenus moyens face aux
autres spécialistes doit s'accentuer.
L’organisation des services
La première tâche assumée par la gériatrie lors de son introduction en Europe dans les années 40 consistait à identifier les patients porteurs de pathologies réversibles. Une fois traités, un grand nombres d'aînés ont pu être réadaptés et retournés dans la communauté. Notre réseau d'hébergement bénéficie actuellement d'une structure de communication permettant de cheminer le plus équitablement possible les renseignements disponibles pour attribuer le milieu le plus approprié. Les structures en amont du CTMSP ne font pas l'objet d'exigence gériatrique. L'expérience clinique nous porte à croire que ces évaluations sont parfois incomplètes d'un point de vue médical et ne tiennent pas toujours compte de l'actualisation possible de potentiel bio-neuropsychologique.
Des règles devraient être établies pour valoriser, sinon rendre nécessaire l'évaluation par une équipe gériatrique avant l'orientation vers un hébergement. Un gériatre ou un médecin avec une expertise gériatrique devrait faire partie de l'équipe pour en faire la synthèse clinique. La mise en commun et la validation des informations provenant des autres professionnels fournissent souvent les pistes vers une réinterprétation causale de la perte d'autonomie et le soin des incapacités. L'oubli de cette étape est un des pièges importants que posent les outils où se juxtaposent les éléments d'une évaluation multidisciplinaire.
Ce renforcement de l'évaluation devrait toucher le cheminement vers l'hébergement mais aussi l'accessibilité à d'autres services lourds de maintien à domicile.
En effet, nous sommes de plus en plus exposés à des réévaluations de patients chez qui des soins intensifs de maintien à domicile ont été mis en place malgré qu'une condition réversible non traitée contribue grandement à la perte d'autonomie. L'évaluation de ces patients est souvent très difficile en raison des particularités gériatriques des présentations cliniques. Il s'ensuit une cascade de détériorations et une augmentation de la prise en charge. L'équipe isolée de l'expertise spécialisée n'a pas toujours le support nécessaire.
Nous proposons donc
5- Que devienne obligatoire l'évaluation
par une équipe gériatrique incluant un médecin avec
expertise gériatrique, avant l'orientation vers des ressources
d'hébergement ou de maintien intensif à domicile.
L'importance de l'évaluation gériatrique
s'applique à de nombreuses situations en CHCD. Dans les milieux où
interviennent déjà les gériatres, nous constatons une augmentation
des consultations dont la pertinence ne fait plus de doute. Lors d'épisodes
de soins complexes, la décision d'intervention et de non intervention
nécessite une expertise clinique spéciale pour supporter les différentes
spécialités et les équipes d'omnipraticiens avant
d'entreprendre des investigations et/ou thérapeutiques lourdes. La priorisation
des interventions, la planification des interventions visant à réduire
la perte d'autonomie, l'évaluation de la capacité de consentir
aux soins sont facilitées par l'équipe d'intervention gériatrique
en complémentarité avec l'équipe traitante. L'hémodialyse,
les chirurgies cardiaques et orthopédiques, la période entourant
les soins intensifs en sont des exemples.
Plusieurs modèles ont déjà
été proposés ou sont déjà en développement
au Québec.
Nous proposons donc
6- Que soit valorisé le développement
d'équipes gériatriques incluant un médecin avec expertise
gériatrique dans l'ensemble des milieux de courte durée.
Ces équipes doivent disposer des professionnels et des outils nécessaires
au dépistage, aux soins conjoints, incluant la réadaptation
précoce et la liaison avec les autres ressources du réseau
impliquées dans la continuité des soins.
Pour assurer la continuité de soins et réduire les coûts, nous devons valoriser l'intégration des différentes structures de soins directement en relation avec l'intervention de courte durée. Trop souvent les patients sont en attente d'une disponibilité dans une prochaine entité physique de soins. La personne nécessitant un moyen séjour de réadaptation, de courte durée gériatrique, de réadaptation fonctionnelle voit souvent sa progression arrêtée par cette attente. Il en résulte une perte d'efficience importante, de lits bloqués, d'augmentation de la durée de l'épisode de soins (cumul de la durée du séjour successif dans les différentes institutions). On peut immédiatement noter les répercussions sur la disponibilité des soins en général et de l'urgence en particulier.
Nous proposons donc
7- Que soient valorisés l'intégration et le développement de corridors de services prioritaires et l'articulation des différents services complémentaires institutionnels. Dans les institutions ou régions plus petites, l'organisation de ces services autour des mêmes intervenants gériatriques serait probablement préférable.
Le même raisonnement devrait s'appliquer
aux services ambulatoires liés aux missions de courte durée.
Les hôpitaux de jour, les équipes ambulatoires de gériatrie
et de psychogériatrie en sont de bons exemples. Il est possible
que les systèmes de soins intégrés actuellement en
développement soient des avenues intéressantes pour les problématiques
soulignées en 7 et 8. Il apparaît important que ces
réseaux ne deviennent pas une autre structure indépendante
servant uniquement d'intermédiaire et compliquant encore l'accessibilité
aux soins sans en réduire les coûts.
Nous proposons donc
8- Que soient valorisés l'intégration et le développement de corridors de services prioritaires et l'articulation des différents services complémentaires ambulatoires. Dans les institutions ou régions plus petites, l'organisation de ces services autour des mêmes intervenants gériatriques serait probablement préférable.
Le Québec ne dispose pas de réelles
structures de moyen séjour (convalescence) non médicalisé.
Ces structures d'accueil visent principalement à offrir de l'hébergement
avec soins infirmiers capables d'assurer le suivi de situations postopératoires,
de convalescence médicale permettant une transition vers l'hébergement
planifié ou le retour à domicile. La disponibilité
du réseau de garde régional des omnipraticiens assurant les
évaluations d'urgence si nécessaire. L'omnipraticien qui
suit à long terme le patient dans son milieu devient la ressource
principale pour assurer la synthèse des besoins de santé
et l'intégration dans le milieu. La surspécialisation des
CHCD devient inévitable et ces structures facilitent la réintégration
rapide dans le milieu de vie du patient lorsque le retour immédiat
à domicile est trop risqué. L'implication de ressources privées
pourrait être envisagée.
Nous proposons donc
9- Que soient développées des structures de moyen séjour (convalescence) non médicalisé et soit valorisée l'implication du médecin omnipraticien assurant le suivi de ses patients. Des normes devraient être développées pour assurer la qualité de ces milieux.
Beaucoup de services ne sont disponibles que
dans les heures dites ouvrables, et ce, 5 jours/semaine. Certains de ces
services amélioreraient leur complémentarité aux soins
de courte durée et leur rapidité de prestation de services
en devenant disponibles 24h/24h ou/et 365 jours/année. La possibilité
d'admettre en hébergement, même les week-ends, d'obtenir des
services d'urgence mineurs dans les CLSC pour décongestionner les
urgences, en sont des exemples. La disponibilité d'équipes
gériatriques multidisciplinaires, 365 jours/année en CHCD,
devrait aussi faire partie de cette réflexion.
Nous proposons donc
10- Que soit explorée la possibilité
de développer des bases d'intervention de 7 jours et/ou 24 heures
pour bon nombre des structures de soins actuellement disponibles seulement
aux jours et aux heures ouvrables.
Le financement
Si plusieurs de nos propositions ne représentent
que des opportunités de ré-allocations de ressources, plusieurs
d'entre elles nécessitent un investissement. Tous reconnaissent
la nécessité de mettre à jour notre parc technologique.
Il en va de même pour la technologie la plus récente, sûrement
la plus dispendieuse: l'équipe de soins multidisciplinaire. La multitude
des outils d'évaluation, de gestion de soins vient améliorer
notre gestion des épisodes de soins mais ne remplacera pas les professionnels
dotés d'expertise, utilisant leur bon jugement clinique et adaptant
les modalités diagnostiques et thérapeutiques aux besoins
individualisés de plus en plus différenciés des personnes
très âgées. Leur développement actuel devrait
s'inscrire dans une saine planification des besoins grandissants de demain.
La disponibilité d'argent neuf après la dernière période
inévitable de rationalisation offre une opportunité d'investissement
en santé dont les personnes âgées aussi pourront bénéficier.
Nous proposons donc
11- Que soient faits les investissements nécessaires à la prestation de soins de qualité dans l'ensemble des services aux personnes âgées incluant les adaptations nécessaires du système hospitalier de courte durée.
L'état québécois, comme
la plupart des états occidentaux, ne pourra assumer l'entière
responsabilité financière des soins de santé, sociaux
et d'hébergement. Malheureusement le désengagement de l'état
face à certains services se fait déjà sentir. Les
conséquences de la diminution d'accessibilité aux médicaments
en sont de bons exemples: augmentation des réhospitalisations, augmentation
du recours à d'autres ressources plus coûteuses. Des choix
devront être faits. Il pouvait apparaître évident, il
y a un siècle, lorsque le bateau prend l'eau, de sauver les femmes
et les enfants d'abord. Mais ce sont ces mêmes femmes et enfants
qui, en tant que personnes aimantes, que soignants naturels subissent
les contrecoups sur leur santé physique et mentale du désengagement
de l'état dans les services de base aux plus démunis comme
les personnes âgées. Même si notre système de
santé se donnait des objectifs de productivité de sa population
adulte, comme dans les années soixante, il devrait y regarder de
près avant de limiter les soins aux personnes âgées.
La cascade de morbidité découlant des pertes d'autonomie
secondaires aux pathologies mal traitées dépasse l'aîné
lui-même. Les choix proposés par le ministère au cours
de la dernière année montre bien sa bonne compréhension
de cette situation et son souci des personnes âgées. Nous
demeurons convaincus qu'il poursuivra dans cette voie et nous le soutiendrons
avec force dans cette démarche.
Nous proposons donc
12- Que les choix de services privatisés
tiennent compte que les personnes âgées n'ont pas été
préparées à ce désengagement de l'état,
qu'elles n'ont pas de ressources d'assurance alternative. Les situations
de «non soins» pouvant faire apparaître de nouveaux coûts
difficiles à planifier.
Conclusion
L'état québécois poursuit, par la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux du Québec, une importante réflexion sur la réorganisation et le financement des soins de santé et services sociaux qu'il dispense à sa population. Nous espérons, par ce court mémoire, faire ressortir certaines de nos préoccupations et souligner certaines voies que nous croyons devoir être empruntées pour assurer à long terme l'amélioration de la santé au Québec.
Les choix seront difficiles, nous en sommes conscients.
Le Québec, depuis les années 80, a développé les bases d'expertises, de recherche et de soins dont il est maintenant l'heure de tirer avantage.
Nous avons fait figure de proue mondialement dans la formation des professionnels en santé des personnes âgées. Il nous reste à élargir la base de ces compétences et le nombre d'intervenants dédiés aux aînés. Le plan d'effectif en gériatres, en annexe 1, est un exemple concret de planification de la réponse aux besoins spécifiques des personnes âgées.
Nous avons créé les instituts de gériatrie, il faut maintenant les mettre à contribution dans la diffusion de l'expertise et l'évaluation des nouvelles interventions de soins à mettre en place.
Nous avons créé les UCDG, les équipes d'interventions gériatriques, les hôpitaux de jour, etc. Nous devons maintenant les doter de professionnels compétents, les intégrer en réseau, les arrimer à l'ensemble des services de courte durée et de maintien à domicile.
Nous avons mis sur pied des cliniques spécialisées de consultations ambulatoires de gériatrie. Il nous faut maintenant les reconnaître et leur donner la possibilité de participer à la réduction de la morbidité à domicile et préhospitalière.
Les choix proposés par le ministère au cours de la dernière année montrent bien sa bonne compréhension de la situation et son souci des personnes âgées. La Commission souligne son désir d'organiser de façon rationnelle et sciemment planifiée, les réponses à la situation difficile que traversent les services de santé.
Nous demeurons convaincus que le ministère
poursuivra dans cette voie et nous le soutiendrons avec force dans cette
démarche.
Résumé des propositions
Une campagne positive de relation de la personne âgée à sa santé et au système de santé. Elle devrait toucher des aspects éducationnels de première importance face à la nécessité d’agir rapidement, d’évaluer et traiter certaines pathologies trop souvent considérées à tort comme secondaires au vieillissement autant par les aînés que les intervenants du réseau familial, social et de santé.
Une campagne positive de reconnaissance de la nécessité gériatrique faisant la promotion d’une culture institutionnelle gériatrique progressiste. Elle devrait cibler la recherche de l’autonomie, le droit aux soins et l’importance de la reconnaissance éclairée des causes et de leur traitement. Elle soulignera par contraste cette collaboration par un travail complété plutôt que la recherche immédiate de la compensation de la perte par une autre ressource (ex.: centre de réadaptation, CLSC).
Une collaboration avec le ministère de l’éducation et les instances universitaires et collégiales ainsi que les institutions de santé pour rendre obligatoire une formation gérontologique et gériatrique autant théorique que pratique. Une attention particulière devrait être portée à éviter l’isolement professionnel, aux contenus spécifiques et le déplacement de contenus devenus moins pertinents par ceux liés à la gériatrie.
Qu’à l’instar d’autres spécialités et groupes professionnels, la gériatrie soit considérée comme spécialité en pénurie et en priorité pour répondre aux besoins immédiats de la population âgée. La reconnaissance du plan d’effectif gériatrique devrait s’accompagner de l’annonce des postes protégés à l’échelle de la province. La modalité de rémunération appropriée aux interventions gériatriques doit être développée (ex.: reconnaître les interventions réseaux en support aux omnipraticiens) et le rattrapage des retards de revenus moyens face aux autres spécialistes doit s'accentuer.
Que devienne obligatoire l'évaluation par une équipe gériatrique incluant un médecin avec expertise gériatrique, avant l'orientation vers des ressources d'hébergement ou de maintien intensif à domicile.
Que soit valorisé le développement
d'équipes gériatriques incluant un médecin avec expertise
gériatrique dans l'ensemble des milieux de courte durée.
Ces équipes doivent disposer des professionnels et des outils nécessaires
au dépistage, aux soins conjoints, incluant la réadaptation
précoce et la liaison avec les autres ressources du réseau
impliquées dans la continuité des soins.
Que soient valorisés l'intégration
et le développement de corridors de services prioritaires et l'articulation
des différents services complémentaires institutionnels.
Dans les institutions ou régions plus petites, l'organisation de
ces services autour des mêmes intervenants gériatriques serait
probablement préférable.
Que soient valorisés l'intégration
et le développement de corridors de services prioritaires et l'articulation
des différents services complémentaires ambulatoires. Dans
les institutions ou régions plus petites, l'organisation de ces
services autour des mêmes intervenants gériatriques serait
probablement préférable.
Que soient développées des structures
de moyen séjour (convalescence) non médicalisé et
soit valorisée l'implication du médecin omnipraticien assurant
le suivi de ses patients. Des normes devraient être développées
pour assurer la qualité de ces milieux.
Que soit explorée la possibilité
de développer des bases d'intervention de 7 jours et/ou 24 heures
pour bon nombre des structures de soins actuellement disponibles seulement
aux jours et aux heures ouvrables.
Que soient faits les investissements nécessaires
à la prestation de soins de qualité dans l'ensemble des services
aux personnes âgées incluant les adaptations nécessaires
du système hospitalier de courte durée.
Que les choix de services privatisés
tiennent compte que les personnes âgées n'ont pas été
préparées à ce désengagement de l'état,
qu'elles n'ont pas de ressources d'assurance alternative. Les situations
de «non soins» pouvant faire apparaître de nouveaux coûts
difficiles à planifier.
Annexe 1
Plan des effectifs médicaux des gériatres,
Perspectives nouvelles pour
répondre à des besoins nouveaux
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